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CHARLES LODEWYCKX (1889-1958): BIO-BIBLIOGRAPHIE / Par HonorÉ Vinck
Repris de Annales Aequatoria 15 (1994)461-477
Voir aussi la Biographie Belge d'Outre-Mer, ARSOM, Bruxelles 1998, VIII,243-245
Peu après avoir terminé ses études de pharmacien, Charles Lodewijckx part pour le Congo belge où
il arrive le 2 février 1913. Il débutera sa carrière comme Administrateur Territorial dans le
Territoire de Ekwayolo (Lokenye). Nous n'avons pas pu reconstituer le reste de sa carrière
administrative. L'Annuaire Colonial le cite ensuite en 1927, quand il s'est orienté vers le privé et
devenu acheteur de noix palmistes pour la P.L.Z. (P.L.C.: à l'époque: Plantations Lever au Congo),
toujours dans la même région. En 1927, il fonde la SOCOPHAR (Société Coloniale de Pharmacie et de
Droguerie) dont le siège social était à Coquilhatville entre 1927 et 1930. Lodewyckx en est le
premier Administrateur-Directeur, mais déjà en 1929, il s'en sépare. Il reprend une plantation d'une
société en faillite, située à Bolingo, sur la rive droite de la Tshuapa, non loin d'Ingende. En
1930, l'Annuaire Colonial (p.522) cite Bolingo comme: "Centre agricole: 495 ha 2 a 75ca". Ce sera
l'endroit où Mr Charles Lodewyckx, jusque peu avant sa mort, organisera sa vie avec des associés
successifs.
A partir de 1948 jusqu'à la fin de son séjour au Congo, il a été membre de plusieurs commissions
officielles. De 1948 à 1953, il est délégué effectif des colons au Conseil de Province à
Coquilhatville. De 1948 à 1950, il est suppléant, représentant des indigènes au Conseil du
Gouvernement Général à Léopoldville. Il assista à la réunion de la Commission du Colonat en mai 1949
à Léopoldville. De 1947 à 1951, il est membre de la Commission pour la protection des indigènes et
assiste aux 8e et 9e sessions. Entre 1951 et 1954, il est membre du TEPSI (Commission Provincial
pour le Travail et le Progrès des Indigènes). Le 25 mars 1954, il écrit à ce propos à Hulstaert:
"D'ailleurs j'ai donné ma démission de TEPSI, et je n'ai pas demandé que l'on pose ma candidature au
conseil de province. Le peu de forces et de temps qui me restent, je les consacrerai à ma
propagande". Nous le trouvons encore cité comme membre du Conseil du Fonds du Bien-Etre Indigène à
Basankusu en 1949.
ACTION PRONATALISTE
Le phénomène de la dénatalité mongo avait déjà été signalé dans les années 30. Le rapport annuel
sur la colonie de 1936 le mentionne et Hulstaert et Boelaert lancent en 1937 leur brochure populaire
"Losilo" (La fin d'un peuple). Mais l'action pronataliste prendra une tournure efficace en 1945
lorsque Mr Lodewyckx s'y investit. Il découvre une des raisons les plus importantes de la
dénatalité: une sorte de lavement que pratiquent les femmes immédiatement après les relations
sexuelles. Cette pratique avait été introduite pendant la guerre de 1914-18. Van der Kerken (1)
l'avait déjà signalée en I944. Lodewyckx commence une croisade. D'abord dans sa plantation et le
groupement Bonyanga, ensuite à Bokote, Boteka (où il est épaulé par E. Boelaert et G. Hulstaert),
Ingende, Bokala, secteurs Ikelemba, Bongandanga, Basankusu, Coquilhatville, Bikoro et à l'occasion
chez les Mongo de Léopoldville (2). Il a tenu certainement plus de 500 réunions totalisant plus de
50.000 auditeurs entre 1948 et 1954. Il publie 5 articles dans Aequatoria (2 repris dans Zaïre et le
Bulletin du Cepsi). Son action a provoqué une longue discussion dans le Courrier d'Afrique où il
trouve un fervent défenseur sous la plume de J. Esser. Il en parle à la Commission pour la
protection des indigènes et au Conseil de province de l'Équateur. En 1948, il fait un rapport au
Gouverneur de Province et un autre au Gouverneur Général. Quant aux résultats, il est incontestable
que la natalité a spectaculairement augmenté dans les régions où il a mené une action intensive.
Certains médecins en étaient sceptiques, d'autres le soutenaient. L'Administration ne le
contrecarrait pas, mais il recevait peu de soutien de ce côté bien qu'il fut en contact avec
l'action du Fonds du Bien-Etre Indigène à partir de 1950 qui réservait une subvention pour son
action. Effectivement, il s'était tellement engagé dans cette action qu'il négligeait sa plantation.
Hulstaert lui écrit: "Je suis heureux que dévouement de Mr Lieckens vous laisse le loisir de vous
occuper de la gestion (31-3-1948). Mais cela ne durera pas longtemps. Lodewyckx écrit à Hulstaert:
"J'ai perdu 500.000 francs négligeant mes affaires; les Bunianga ne seront pas anéantis par la
dénatalité" (30-4-1949).
En 1956, devenu maladif, son action décline. Boelaert, autre combattant, avait déjà quitté la
colonie en 1954. Le problème de la dénatalité mongo, qui avait fait couler tant d'encre durant toute
une génération semble d'un coup résolu. Après 1957, l'année du départ de Mr Lodewyckx, on ne trouve
plus aucun article sur la question.
Après un court séjour à Teneriffe, Mr Lodewyckx est transféré à Louvain où il meurt le 26 août
1958. En 1953 J. Ghilain (3), dans une communication à l'Institut Royal du Congo Belge, déclarait:
"J'ai voulu (... ) rendre un hommage mérité à l'apôtre qu'est M. Lodewyckx, proposer à la section
des Sciences Morales et Politiques de notre institut de s'associer à moi, pour souligner hautement
la grande valeur morale et sociale de sa croisade et souhaiter que s'élèvent d'autres Lodewyckx,
beaucoup d'autres Lodewyckx qui cherchent le temps d'aider les pouvoirs publics et les oeuvres
sociales, à préparer un avenir meilleur à nos pupilles congolais" (J. Ghilain, "La dénatalité dans
l'ethnie mongo", Bulletin des Séances de IRCB, 1953, p.871)
NOTES
1. Van der Kerken Georges, ancien Gouverneur de la province de l'Équateur, auteur de L'ethnie
Mongo (IRCB, Bruxelles 1944) où il constate la dénatalité de ce peuple (cfr. vol.II/livre II et III,
p.797-832).
2. Reportage sur une de ses conférences à Léopoldville, dans Le Coq Chante 1948, p.230-321.
3. Ghilain Jean (1893-1968), membre de l'ARSOM. Il créa à Léopoldville en 1934 un centre de santé
pour indigènes. Sa biographie dans BBOM VII.A., p.253-258.
BIBLIOGRAPHIE
Publications
1945 L'alimentation de l'indigène, Aequatoria 8(1945)29-31
1948 Est-il possible de relever la natalité nkundo? Aequatoria 12(1948)1-5; Zaïre 2(1948)915-921
1948 Démographie. La dénatalité chez les Nkundo, Zaïre A 2(1948)293-301
1948 L'afoonge te toetole liotsi ja basi Nkundo e? (Ne pouvons-nous pas relever la natalité des Nkundo?), Le Coq Chante (Coquilhatville) 1948. p.169
1949 Sur la dénatalité nkundo, Aequatoria 12(1949)77-81; Zaïre 4(1950)553-554
1950 La dénatalité nkundo. L'expérience de Bonyanga, Bulletin du CEPSI 13(1950)66-81
1951 Encore la dénatalité, Aequatoria 14(1951)131-135
Inédits
1) 15-1-1946: Note sur la situation démographique des Lingoi et des Bunianga et des Kundus en général (Archives Aequatoria 33-335-340).
2) 20-1-1946: Quelques mots sur le problème de dépopulation des Kundus (Arch- Aeq- 33-327-334)
3) 23-4-1948: Rapport au Gouverneur Général - Note sur la dénatalité de la Cuvette Centrale et sur les résultats obtenus jusqu'à présent par la propagande anti-malthusienne menée à Bolingo et aux environs (Arch. Aeq. 33346-3-53)
4) 20-10-1948: Rapport au Gouverneur de Province (Coquilhatville). Rapport sur la propagande conceptionnelle et anti-abortive menée en 1948 jusqu'en octobre par Mr Charles Lodewyckx (Arch. Aeq. 33.263-272)