LE FOYER SOCIAL DE COQUILHATVILLE
(MBANDAKA, R.D. DU CONGO)
1938 - 1961
Par Stanislas Lufungula Lewono
Paru dans Annales Aequatoria 21(2000)19-32

L'assistance sociale aux autochtones avait fait longtemps partie intégrante de l'action évangélisatrice
des missionnaires ou des attributions des oeuvres de charité. Mais, au fur et à mesure que des problèmes
nouveaux se posaient, l'Etat colonial créa des Foyers Sociaux qu'il gérait dans l'entièreté
( Foyers Sociaux Officiels ), ou agréa sous certaines conditions ceux qui appartenaient aux sociétés
privées ou encore à des organisations non gouvernementales.
Dans ce contexte naquit un Foyer social à Mbandaka en 1938, sous l'égide d'une institution catholique
subventionnée, l'Assistance Sociale aux Associations du Congo (A.S.A.C). Dix ans plus tard, soit en 1948,
l'OTRACO, actuellement ONATRA, créa à son tour un Foyer social dont les programmes complets ne purent
débuter qu'en octobre 1953.
Les deux organismes évoluèrent indépendamment, d'autant plus que le premier s'occupait surtout
des oeuvres para sociales et le second des oeuvres purement sociales. Aussi notre étude ne va-t-elle se
préoccuper que du Foyer Social de l'A.S.A.C. et s'accrocher à ce qu'avait été son objectif
spécifique, c'est-à-dire, l'action para-sociale et éducative pour la promotion de la femme
congolaise à Mbandaka.
A notre avis, le sujet est d'importance parce qu'il conduit à découvrir et à apprécier,
d'une part l'ouverture spontanée et soutenue des autochtones aux exigences de la vie urbaine et moderne,
et d'autre part l'engagement significatif de l'Etat colonial dans sa mission d'assurer à ces derniers un
épanouissement familial le meilleur possible.
1. Evolution historique
1.1. Réussir le démarrage:1938 - 1939
Parmi les critères de viabilité d'un Foyer social, on exigeait à l'époque la présence
minimum d'une auxiliaire sociale, d'une régente ménagère, d'une régente professionnelle
et d'une infirmière visiteuse. Cette équipe devait être appuyé par une dizaine d'agents
locaux féminins. Or il n'y avait que deux assistantes sociales à Mbandaka au mois d'avril 1938 pour
y couvrir le Foyer Social qui venait d'être créé.
L'une de ces pionnières s'appelait Julia Van den Breul, envoyée par l'A.S.A.S./Bruxelles pour procéder
à une enquête sociale, principalement sur les conditions de vie des femmes à Mbandaka. L'autre,
trouvée sur place était probablement Gal Séwitz, épouse d'un agronome polonais arrêté
et décédé en Europe à la déportation. Veuve et mère de trois enfants
nés au Congo, Gal Séwez fut la première personne engagée par l'Etat pour s'occuper
des services sociaux au Congo (1).
Conscientes de leur mission, les deux européennes menèrent sur le terrain un travail de fourmi. Au
terme de leurs enquêtes, elles notèrent :
" 1° Une nette dépravation des mœurs causée par l'abandon de la discipline clanique; 2°
Une transition trop brusque et trop brutale entre les conditions de vie du milieu coutumier et celles du milieu
extra-coutumier; 3° Des conditions de logement insuffisantes ; 4° Des liens familiaux complexes et mal
définis; 5° Une carence d'autorité des parents sur leurs enfants; 6° Un esprit de lucre poussé
à l'extrême chez certains et allant parfois jusqu'au proxénétisme; 7° Hygiène
insuffisante; 8° Chez la femme, absence de formation ménagère, d'esprit d'économie et
de prévoyance, désœuvrement; 9° Chez le mari, égoïsme et désintéressement
à l'égard des siens; 10° Parasitisme " (2)
Entre-temps, elles aménagèrent un secrétariat et mirent au point certains détails d'ordre
administratif avant de lancer officiellement les premières activités du Foyer, à savoir la
couture et le tricot. Cela fit un tabac parmi les femmes: 102 inscriptions furent enregistrées du premier
coup.
Ce chiffre préluda au succès du Foyer et permit aux responsables d'enrichir le programme initial
de formation. D'où la création en 1939 des services de l'épargne et de l'économat,
de l'aide aux consultations de nourrisson et la distribution des primes de naissance.
1.2. Sauver l'essentiel:1940 - 1945
Appréhendant les répercussions de la seconde guerre mondiale, les nouvelles assistantes sociales,
Mlle Simone Claes et Gaby Langendries décidèrent de garder les services établis et d'accorder
une attention particulière à la formation de futures monitrices, à des visites à domicile
et à recevoir au bureau.
Mais la longue durée de la guerre, accentuée par le départ de Gaby Langendries à la
Mission Catholique de Wafanya en vue d'y rejoindre Gaby Yamar, amena Mlle Simone Claes à ne programmer que
l'encadrement de l'élite locale au dépens de toutes les autres activités du Foyer.
Ce premier noyau autochtone était formée de Louise Bola, jeune mariée venant de Monkoto et
présentée par son mari, et de Petronelle Wetsi. Le Foyer social de Mbandaka eut dès lors un
nouvel atout pour exercer une grande influence sur la population locale.
1.3. Face aux conséquences de la guerre: 1946 - 1947
Le gouvernement profita de la fin de la guerre pour accroître son intervention dans les budgets des Foyers
sociaux au Congo, lesquels étaient en butte à l'aggravation des problèmes d'urbanisation,
de prolétarisation et d'acculturation résultant de l'extraordinaire essor de l'économie congolaise
d'après-guerre. Dans cet ordre d'idées, les Foyers sociaux occupèrent dorénavant une
place prépondérante à la 2ème Direction Générale en vertu de l'Arrêté
du Régent n° 211/S.G. du 1er juillet 1947 (3).
A Mbandaka, les effets de ces nouvelles dispositions administratives se manifestèrent rapidement par l'arrivée
d'Elisabeth Hardi, assistante sociale, et de Suzanne Balthasar, infirmière visiteuse, suivie au milieu de
l'année 1947 de Cécile Wiesemes, régente ménagère. Leur première tâche
fut, comme il fallait s'y attendre, de réanimer le Foyer social en s'appuyant sur les recommandations du
Ministère des Colonies.
Malheureusement la nouvelle équipe se retrouva en face du problème crucial de locaux car le nombre
de femmes à inscrire ne faisait qu'augmenter pour atteindre le chiffre de 675 à la fin de 1947. Heureusement
que le Foyer se fit rapidement octroyer deux ouvroirs à Mbandaka I pour parer au plus pressé. L'équipe
put alors poursuivre son chemin en revigorant les cours de quartier et en intensifiant aussi les visites à
domicile dans les après-midi.
Dans cette éducation de la femme, les formatrices introduisirent les recettes de l'hygiène, de la
politesse, de la puériculture, de l'éducation des enfants, etc. Le programme devint ambitieux et
renforça à la fin de 1947 un cours de formation de futures monitrices parmi les lauréates
des cours de quartier.
L'année 1947 fut aussi caractérisée par l'abondance de subsides alloués surtout par
le Centre Extra-Coutumier. Ces fonds vinrent lubrifier le fonctionnement des services du Foyer qui n'eut pas de
peine pour étendre aux vieillards et aux nécessiteux son efficace assistance matérielle.
1.4. Rayonner au-delà du C.E.C.: 1948 - 1949
A partir de 1948, le Foyer social commença à déployer ses activités en dehors des limites
du C.E.C., plus précisément à Basoko, au camp militaire et à Wangata (4). Cette innovation
fut suivie de tant d'autres.
L'affectation officielle de sept monitrices autochtones auprès des dames européennes allégea
la charge de celles-ci confrontées à gérer cette année-là 765 femmes. La relève
en question fut assurée par Louise Bola, Petronella Wetsi; Cécilia Eale, Clara Bolumbu, Salomaine
Mabongi, etc. Elles avaient juste appris à coudre. Leur tâche consistait également dans des
visites à domicile.
Ce geste du pouvoir colonial qui, en termes de mentalités signifiait une petite révolution, attira
la bienveillance et la générosité de la S.A.B. (5), laquelle parvint à mettre à
la disposition du Foyer social un local servant de bureau central. De nouvelles branches furent introduites au
Foyer comme la formation familiale et ménagère, l'entretien et le raccommodage à peu de frais.
Ces cours entraînèrent une forte augmentation des visites à domicile.
Tous ces facteurs donnèrent au Foyer social un nouveau visage lequel ne pouvait laisser indifférents
les autres services administratifs médicaux et missionnaires de Mbandaka. Ils s'y impliquèrent à
grande échelle. L'équipe du Foyer fut amenée à améliorer son système
d'encadrement par l'utilisation des fiches familiales.
En 1949 le Foyer renforça le programme de formation de ses monitrices en y ajoutant des leçons élémentaires
d'écriture et de lecture. Tous ces exploits réalisés furent sanctionnés par l'admission
du Foyer Social au sein du Comité Protecteur du C.E.C. et de la commission provinciale du Fonds du Bien-être
Indigène (F.B.I.).
1.5. Avoir pignon sur rue: 1950 - 1954
Pour la toute première fois, le Foyer social aligna en 1950 une équipe complète et conforme
aux instructions officielles: une assistante sociale, en la personne d'Elisabeth Hardi, au Congo depuis 1946, une
régente ménagère, Cécile Wiesemes, 1947, une régente professionnelle, Luce Manguette,
1949, et une infirmière visiteuse, Suzanne Balthasar, 1946.
Dès lors le Foyer put s'autoriser d'élargir la formation générale, naguère réservée
aux seules monitrices, à d'autres groupes de femmes composés cette fois-ci d'illettrées et
de débutantes. Cette option semble avoir été sans grand succès. Aussi se rabattirent-elles
sur les anciennes activités et intensifièrent-elles les visites à domicile en vue d'opérer
davantage leur emprise sur la population. Si la tentative de rapprochement du Foyer social de l'Enseignement classique
trébucha, c'est parce qu'elle exigeait une longue patience et un effort très soutenu.
Néanmoins l'engouement des femmes aux activités du Foyer n'en fut pas affecté. Au contraire,
979 femmes avaient pris cette année leur inscription. En 1951, le Foyer se réjouit d'occuper la première
partie de son bâtiment (6). La directrice, Cécile Wiesemes eut l'honneur d'en essuyer la première
les plâtres. Le nombre de monitrices passa de 7 à 12, et celui des femmes inscrites accrocha le chiffre
de 1.160 (17). A la fin de l'année, le Foyer organisa une fête des enfants à la grande satisfaction
de leurs parents.
L'année suivante, la deuxième partie du bâtiment fut achevée. En ce moment, l'équipe
européenne s'enrichit de nouveaux membres notamment la veuve Maria Droeven et l'épouse d'un agent
des Travaux Publics dont nous ignorons le nom. Même mouvement ascendant chez les monitrices qui se retrouvèrent
au nombre de 19. Les femmes inscrites furent 1.168 et passèrent même à 1543 en 1953.
La directrice Cécile Wiesemes ne pouvait que s'en réjouir. Le Foyer social devint très populaire
et des conférences à l'intention des femmes prirent les allures de fêtes. L'économat
et l'épargne fleurirent de façon spectaculaire. L'équipe du Foyer eut alors l'ingénieuse
idée d'organiser un concours de la plus belle maison du C.E.C.! Celle de Joseph Lomboto remporta la palme
(8).
L'année 1954 fut marquée aussi par la fin de travaux de construction du Foyer Social dont la direction
passa à Suzanne Balthasar. A partir de cette date, l'équipe européenne mouvante et incomplète.
Cette menace de crise fut atténuée par l'assiduité et la bonne volonté du personnel
local. Au mois de janvier 1954, ce dernier se composait de 15 monitrices: Louise Bola, Clara Bolumbu, E. Isamba,
O. Eale, Th. Pekombe, Salomaine Mobongi, P. Ekofo, C. Wetsi, E. Puma, E. Lianze, P. Belenge, Th. Bokoko, A. Ekia,
H. Batswela et M. Mondonga. Au camp militaire, on comptait 5 monitrices: P. Itate, I.Isomi, M. Ayobena, E. Benteke
et A. Lowandu (9).
1.6. Réaliser le maximum :1955-1958
Avec l'acquisition du dernier bâtiment, le nombre d'ouvroirs du Foyer social devint quatre: Foyer social
principal du C.E.C., local de l'avenue Ndoko, Camp militaire et Wangata-S.A.B. Le nombre du personnel européen
demeura toujours instable toute l'année (1955) pendant que celui des autochtones augmenta sensiblement:
19 monitrices au Foyer social principal et dans les dépendances, 5 au camp militaire. Les femmes inscrites
furent au total 1048.
En 1956, l'équipe de monitrices congolaises se chiffra à 30 et se répartit comme suit: 22
au Foyer principal, 3 à Ndoko et 5 au camp militaire. Ce nombre permit la relance du programme de la formation
générale des femmes adultes pour leur apprendre la lecture, l'écriture, le calcul, le français
et le lingala. Mais le but restait plus familial qu'intellectuel.
En outre, l'importance numérique des monitrices congolaises et le rayonnement de plus en plus marquant du
Foyer, sans oublier l'accroissement de ses besoins, suscitèrent l'institution d'un Conseil du Foyer aux
fins d'obtenir plus facilement l'aide d'autres institutions ou organisations locales.
En 1957, la S.A.B. retira le local qu'elle avait prêté au Foyer. Aussi ce dernier se précipita-t-il
pour en trouver un autre à Basoko. Le nombre d'ouvroirs resta ainsi le même, c'est à dire quatre:
Foyer social principal du C.E.C., le local de l'avenue Ndoko, le camp militaire et Basoko. Comme travailleuses
sociales, on en comptait quatre également: une assistante sociale, une régente technique et une infirmière
hospitalière. Les auxiliaires sociales furent madame Mainghain, madame Swartelé, Mlle Van Roye et
madame Lesage (10).
Les monitrices congolaises augmentèrent en nombre et furent affectées comme sui : 23 au C.E.C., 3
à Ndoko, 1 à Basoko et 5 au camp militaire. A côté d'elles, 12 stagiaires s'appliquèrent
pour les rejoindre incessamment, car le Foyer social comptait maintenant 1.897 femmes. Ce chiffre élevé
démontra la capacité d'accueil de tous les ouvroirs réunis du Foyer social de Coquilhatville.
En 1958, l'équipe du personnel européen se composait ainsi: directrice: Mlle Claire Thiry, assistant
sociale, (Mlle Jo Tieleman la remplaça pendant son congé en Europe), Mlle Marcelle Neffe, régente
ménagère, Mlle Thérèse Henry, régente technique et Mlle Agnes Mesdag, infirmière
visiteuse. Les travailleuses auxiliaires furent mesdames Mainghain, Swartelé et Brochée (11).
Du côté local, on pouvait citer Louise Bola, Cécilia Eale, Francisca Bakusu et Thérèse
Bokoko (12). Les ouvrières sociales furent nombreuses, une trentaine au total. Le nombre d'inscrites s'arrêta
à 1.146.
1.7. Direction nadir: 1959 - 1960
A l'orée de l'indépendance, les institutions et les organisations mises en place par le pouvoir colonial
ne pouvaient se mettre à l'abri des secousses qui traversaient tout le pays. Sans doute, nous devons y situer
le début du crépuscule de l'histoire du Foyer social de Coquilhatville...
2. Activités et formations
Il existaient de nombreuses instructions officielles sur les activités des Foyers sociaux et les différentes
formations qu'il fallait aux femmes y admises. Mais, nous nous contenterons ici de ce qui avait été
effectivement organisé. Pour ce faire, nous nous inspirons encore une fois des rapports annuels du C.E.C.
de Mbandaka et du tableau de De Thier (12).
2.1. Les intitulés
A. Oeuvres sociales proprement dites
a.-Permanence sociale (influence sur la masse).Recevoir des personnes afin de les écouter et leur rendre
service dans la mesure du possible
b.-Visites à domicile, à l'hôpital, à la maternité, à la prison
B. Oeuvres para-sociales
a.-Aide alimentaire aux mères et aux futures mamans
b.-Aide alimentaire aux vieillards nécessiteux.
c.-Primes de naissances, distribution de linges, etc.
d.-Assistance aux consultations de nourrissons
e.-Consultations prénatales.
f.-Interventions financières pour le rapatriement des indigents, décès de vieillards assistés.
g.-Organisations des loisirs.
h.-Cercles de vacances pour les jeunes.
C. Oeuvres éducatives
a.-Puériculture
b.-Formation morale, sociale et familiale
c.-Formation ménagère (lessivage, repassage, entretien, cuisine à base des produits locaux,...)
d.-Epargne, économat, mutualité.
e.-Notions d'hygiène, de propreté, de politesse ou de savoir-vivre
f.-Couture, tricot, raccommodage, coupe, broderie, etc.
D. Formation générale
a.-Ecriture
b.-Lecture
c.-Calcul
d.-Français pratique
e.-Lingala
f.-Dessin
g.-Anatomie (à partir de 1958).
2.2. Commentaire
J. Vanhove avait défini le Foyer social comme:
"Une action du service d'assistance sociale orientée spécifiquement vers la femme bantoue indigène
pour lui donner une éducation par des cours des travaux de ménage et des cours de formation générale
en vue d'acquérir de nouvelles formes de vie, lui montrer la bonne manière et parer à la pauvreté
matérielle et morale qui caractérise les populations indigènes (13).
Le tableau ci-dessus permet de nous rendre compte que le Foyer de Coquilhatville était bien attaché
à la mission assignée aux Foyers sociaux. En effet, après la deuxième guerre mondiale,
l'économie de notre pays avait connu un essor prodigieux. Les effets d'entraînement se firent constater
dans la prolétarisation, l'urbanisation et l'acculturation des populations congolaises sous forme des problèmes
complexes. Les Foyers furent ainsi mis à contribution pour assurer aux autochtones secours et assistance
d'une façon ordonnée et efficace.
C'était une certaine déviation au regard de la définition du Foyer social. Néanmoins
la femme congolaise avait toujours gardé le centre des préoccupations de cette institution sociale
du C.E.C. de Coquilhatville. A la fin de la formation suivie, des certificats étaient remis aux intéressées.
Les monitrices s'en servaient pour leur engagement au sein du même organisme. Et les autres femmes ?
Elles y éprouvaient une satisfaction morale. De fait, nombreuses parmi elles ne pouvaient contenir, avant
la formation, leur complexe d'infériorité devant leurs enfants scolarisés ou leurs maris instruits,
ou même à côté des amies émancipées, c'est à dire ayant déjà
bouclé les cours au Foyer social. Aussi se sentaient-elles heureuses d'être présentes au rendez-vous
de la modernisation de la femme congolaise.
3. Résultats obtenus
Pour avoir une idée générale de la signification effective du Foyer à Coquilhatville,
nous présentons ici un tableau des effectifs annuels de femmes inscrites, les pourcentages de ces inscriptions
en rapport avec la population féminine de Mbandaka par année scolaire, et le nombre de certificats
remis aux finalistes. Faute des données disponibles, nous avons écarté ici la période
qui va de 1938 à 1946.
Années Population Femmes inscrites %
1938 ± 7.000 - 102 -
1939 - ±1.500 184 -
1940 8.012 - - -
1945 9.576 - - -
1946 10.000 3.780 - -
1947 9.939 3.720 675 18
1948 10.137 3.783 765 20
1949 10.695 3.856 876 23
1950 13.705 4.547 979 22
1951 15.851 5.084 1.160 23
1952 21.248 7.605 1.168 15
1953 22.294 8.063 1.545 19
1954 23.668 8.166 1.346 16
1955 29.805 9.084 1.048 12
1956 30.615 9.676 1.498 15
1957 31.689 9.714 1.897 20
1958 35.519 9.954 1.191 12
Sources: 1°Rapports Annuels du C.E.C.; 2°De Thier, Le Centre Extra-coutumier de Coquilhatville, p.115-116;
3°Anonyme, "Foyer sociale de Coquilhatville", p. 10
Il ressort de ces chiffres que les femmes avaient accepté d'aller au Foyer social. Et elles s'y rendaient
en masse chaque année. Le chiffre le plus élevé sur le premier graphique est celui de 1957:
1897 femmes inscrites.
La ligne n'est pas croissante. Des variations s'avèrent importantes. Cependant, les minima et les maxima
offrent de bons signes parce qu'ils indiquent toujours un nombre considérable de femmes inscrites, jamais
inférieurs à celui de 1947.
Les pourcentages des femmes inscrites par rapport au nombre de la population féminine du C.E.C., révèlent
l'intérêt que celle-ci portait sur les activités du Foyer. Les années heureuses sont
1949 et 1951. Nous ignorons ce qui a joué le rôle d'aiguillon au sein des habitants de Mbandaka pendant
ce temps pour pouvoir expliquer ces deux records remarquables. Il est possible de songer aux effets d'entraînement
de la nouvelle politique du C.E.C. de Mbandaka qui avait accordé en 1949 beaucoup de subsides au Foyer.
Ce qui devait logiquement permettre à ce dernier de s'approcher davantage de la population par des actions
d'éclat et de nouvelles initiatives. Il en est de même de l'année 1951 au cours de laquelle
le Foyer avait fait une bonne démonstration de sa santé en donnant une grande fête aux enfants.
Malheureusement nous n'avons pas pu mettre la main sur les registres de certificats délivrés aux
lauréates, c'est à dire celles qui avaient terminé le cycle complet des branches choisies.
Quant aux certificats livrés par le Foyer social de Coquilhatville De Thier a donne le chiffre exact de
318. Finalement une maigre moisson que le même auteur a justifié comme suit :"Les résultats
enregistrés dans cette branche du service social peuvent paraître maigres; ils ne le sont qu'en raison
de la déficience numérique du personnel" (14).
Il fait allusion aux effectifs des Européennes. Peu importe ce bémol, car nous avons la conviction
que les femmes se rendaient massivement aux cours. La présence journalière variait jusqu'en 1958
entre 194 et 213 femmes. C'est aussi la preuve que tout s'y rangeait selon les objectifs fixés.
Conclusion
Si nous embrassons du regard ce que nous venons de parcourir, nous remarquons que tout avait été
à l'honneur de ces femmes noires décidées de fréquenter le Foyer social pour leur propre
bien et celui de leur ménage; ensuite à celui de ces Dames tant européennes que congolaises
attachées entièrement à leur devoir de former et d'éduquer, sans omettre le pouvoir
public ainsi que les sociétés locales qui fournissaient les moyens dont le Foyer social avait besoin.
Toutes ces facilités avaient permis au Foyer social, pourtant créé initialement pour la promotion
de la femme congolaise, de se doubler du centre social aux fins de s'ouvrir à d'autres catégories
sociales du C.E.C. de Mbandaka. L'histoire montre que le Foyer social et le Centre social étaient bien couplés
pour former un seul organisme.
Mlle Luce Manguette et Mme Louise Bola
BIBLIOGRAPHIE
Anonyme, Foyer social de Coquilhatville, Document dactylographié, non daté
Anonyme, L'Action sociale au Congo-belge et au Ruanda-Burundi, Centre d'Information et de Documentation du Congo-Belge
et du Ruanda-Burundi, Bruxelles, s.d.
Franz M. De Thier, Le Centre Extra-coutumier de Coquilhatville, (Etudes Coloniales II), Université Libre
de Bruxelles, Institut de Sociologie Solvay, 1956
Kamwina N.L., Inventaire analytique des documents d'archives des foyers sociaux du Congo Belge, 1946-1960, Mémoire
de Licence, Institut Supérieur de Statistiques, Kinshasa 1998
NOTES ET RÉFÉRENCES
1) Informations fournies par Mlle Luce Manguette (1914). Il en est de même des noms qui suivent et qui ne
portent pas de numéro de renvoi. Louise Bola est octogénaire.
2) De Thier Fr., Le centre extra-coutumier de Coquilhatville, pp. 126-127.
3) B.O. 1947, 1528-1534.
4) Avant 1952, date de leur unification, il existait à Coquilhatville deux centres extra-coutumiers depuis
le 16 juin 1933: le centre de la cité indigène et le centre indigène des pêcheurs. Lire
LUFUNGULA, L., "Ernest Itela, chef du C.E.C. de Coquilhatville (1934-1953)", in Annales Aequatoria 13(1992)
p. 499.
5) S.A.B.= Société Anonyme Belge pour le commerce du Haut-Congo, constitué le 10 décembre
1889.
6) Ce bâtiment se trouve sur Avenue de l'Ecole.
7) Nous nous sommes appuyé sur sa lettre du 30 juin 1951 et celle du 31 décembre 1954, toutes deux
adressées au Gouverneur de Province.
8) Information de Monsieur J.M. Bomboko.
9) Selon les listes de paie de janvier 1954 et suivants. Une idée sur leurs salaires: Mois de janvier 1954.
Monitrices francs congolais
Bola L. 726, 68
Bolumbu C. 510, 88
Isamba E. 471, 04
Eale O. 498, 30
Pekombe Th. 487, 04
Mobongi S. 427, 68
Ekofo P. 411, 18
Wetsi C. 414, 72
Puma E. 347, 40
Lianze E. 316, 20
Belenge P. 255, 78
Bokoko Th. 314, 24
Ekia A. 338, 56
Batswela H. 176,76
Mondonga M. 194,66
Itate P. 319,62
Isomi I. 334,84
Ayobena M. 349,92
Benteke E. 373,68
Lowandu A. 358,50
10) Rapport sur l'administration du C.E.C. de Coquilhatville, Année 1957, pp. 17-18
11) Rapport sur l'administration du C.E.C. de Coquilhatville, Année 1958, pp. 26-27
12) Idem. p.27
13) De Thier,Le Centre Extra-coutumier de Coquilhatville, pp. 127-128
14) Vanhove J., cité par Kamwina N.L., op.cit. p. 4
15) De Thier, o.c., p. 129