LE JOURNAL DE CHARLES LEMAIRE A L'EQUATEUR 1891-1893

Par: Daniel VANGROENWEGHE
Repris de: Annales Aequatoria 7(1986)7-73


INTRODUCTION

1. CHARLES LEMAIRE
Charles Lemaire est né le 26 mars 1863 à Cuesmes en Belgique. Après ses études secondaires à Mons, il fait l'école militaire d'où il sort sous-lieutenant en 1886 (1).
Il s'engage dans le service de l'Etat Indépendant du Congo et débarque à Banana le 20 décembre 1889. Il commence sa carrière comme adjoint du Commissaire de District des cataractes, M. Van Dorpe (2). Il dirige le service du portage entre Matadi et Léopoldville. Bientôt il sera chargé de la reconnaissance de la région au sud des cataractes afin d'y créer une seconde piste qui passe par Kimpese. Le 29 novembre 1890 il fut nommé Commissaire du District de l'Equateur. Il arriva à Equateurville fin décembre. Il y restera jusqu'au 19 juin 1893, date à laquelle il remettait le commandement à Fiévez.
Il effectuera encore deux missions (1898 au Katanga et 1902 au Bahr-el-Ghazal) avant d'être congédié juste avant de partir pour une mission de délimitation des frontières au Lac Edouard en 1907.
Quand Louis Franck, ami de Lemaire, devint ministre des Colonies, Lemaire sera désigné comme premier directeur de l'Ecole Coloniale Supérieure d'Anvers. Il mourut le 21 janvier 1925 à Bruxelles.

2. LE DISTRICT DE L'EQUATEUR
A son arrivée, Charles Lemaire avait encore tout à organiser dans son District, à commencer par la construction et le transfert de sa capitale. Equateurville (3) était cédée à la S.A.B. et une nouvelle ville, Coquilhatville, était fondée quelques kilomètres en amont. Les rivières étaient à peine reconnues, les sociétés commerciales ne disposaient que de quelques établissements et les missionnaires protestants avaient 3 postes. En fait, seuls quelques villages riverains et une vingtaine de kilomètres de l'arrière pays d'Equateurville étaient connus. Créé en 1888, le District était administré par le Commissaire du District de l'Ubangi-Uele, jusqu'à l'arrivée de Lemaire. Le poste de Lulonga était déjà fondé. Le poste de Basankusu venait d'être fondé par Lothaire.
Parmi les collaborateurs blancs de Lemaire nous trouvons Boshart (4), Julien (5), Van Risseghem (6), Peters (7), Lenaerts (8), de Haspe (9) et le commandant du Camp d'instruction à Wangata, le sous-lieutenant De Bock (10), assisté de 4 sous-officiers blancs: Mission (11), Berckmans (12), Durieux (13), Lamers (14) et A. Speliér (15), le constructeur de ce camp: "Au Plus fort de ses effectifs, Lemaire ne disposera jamais de plus de dix blancs et de 500 soldats noirs. Toute l'organisation judiciaire du District se résume en un conseil de Guerre. Les seuls bureaux notariaux et d'état civil pour tout le Haut Congo sont à Léopoldville" écrit Boelaert (16).

3. LE CARNET DE NOTES DE CHARLES LEMAIRE
Thuriaux-Hennebert a publié l'inventaire détaillé des Papiers Lemaire (17). Ces papiers se trouvent actuellement au Musée de Tervuren. Un de ces carnets nous intéresse particulièrement notamment celui dans lequel il notait régulièrement les évènements et les activités liés à sa fonction de Commissaire de District de l'Equateur. Il s'agit d'un petit cahier noir au titre: "Palabres diverses dans le District de l'Equateur. Carnet de notes prises du 18 mars 1891 au 28 mai 1893".
Lemaire y était arrivé fin décembre 1890. Nous ne sommes donc pas informés directement sur les trois premiers mois. Les trois dernières semaines ne reçoivent également plus de notices. Les notes ne se suivent pas de jour au jour, mais souvent elles résument plusieurs journées ou relatent une suite de faits cohérents. Il y a aussi quelques lacunes plus grandes: du 4 au 15 juillet, 5 au 18 août, du 24 septembre au 13 octobre, du 23 octobre au 14 novembre 1891, du 16 novembre 1891 au 12 janvier 1892, du 14 janvier au 6 février 1892 et du 8 au 22 février 1892. Pour 1893 les notes sont rares. Certaines lacunes peuvent être comblées par d'autres documents comme la reconnaissance de la Ruki et de la Momboyo en août 1892 dont le rapport a été publié (18).
Lemaire, en route pour les expéditions dont il faisait partie plus tard, passera encore trois fois à Coquilhatville. Chaque fois il nous a laissé quelques notes dans d'autres carnets: 1 au 2 octobre 1895 (carnet 6), 26 juillet au 20 août 1899 (carnet 23); 28 septembre au 3 octobre 1902 (carnet 3). Boelaert qui à tant écrit sur les origines de Coquilhatville (mais beaucoup reste inédit) ne connaissait pas ces journaux et notes de Lemaire. Le biographe de Lemaire, R. Bébing, ne semble pas avoir utilisé le carnet. Ainsi, une pièce maîtresse sera ajoutée à la documentation concernant l'histoire de Mbandaka, mais également à notre connaissance des méthodes d'occupation de la Cuvette Centrale du Zaïre.

4. LES ACTIVITES ET EVENEMENTS RELATES DANS LE JOURNAL
On peut regrouper les activités de Charles Lemaire à Equateurville sous quatre titres:

(1) La Pacification de la région;
(2) Les reconnaissances des rivières de l'intérieur;
(3) Le transfert du poste de Wangata (Equateurville) à Mbandaka (Coquilhatville)
(4) L'introduction de la récolte du caoutchouc.

4.1. LA PACIFICATION PACIFICATION DE LA RÉGION

Nous comptons 13 expéditions punitives en vue de la soumission des villages avoisinants du poste même: Ikengo (12.4.91); Lolifa (14-4.91); villages de la rive droite (16.4-91), Inkole (14.6.91), Ipeko (4.9.91), Boangi (16.11-91), Ekoyo (12.2.92), Iyonda et Bujia (18.12.92), Wangata w'aliko (décembre 92), Bokombo (24 et 26.12.92 et mai 93), Injolo (16.5.93).
Il y a ensuite les expéditions sur l'Ikelemba, la Lulonga et la Lopori, la région du Lac Ntumba, de Ilebo, Ngombe, Lukolela, qui ont toutes un caractère d'oppression. Sous ce chapitre on peut également classer les interventions dans les palabres que les habitants viennent soumettre au Blanc du poste, ainsi que l'organisation de l'approvisionnement de celui-ci.

4.2. LES RECONNAISSANCES DE L'INTERIEUR

On note 7 grandes excursions de Lemaire durant la courte période qu'il a dirigé l'Equateur. Dans la plupart des cas, ces voyages avaient pour but de soumettre des populations récalcitrantes et de faire une prospection pour une exploitation commerciale. Notons ainsi les reconnaissances des régions de: Lukulela - Yumbi - Ngombe - Bolobo (29.3 au 13.4.1891), Ngombe - Irebu (16 au 23.9.1891), Lulonga - Lopori (13.1 à mi-février 1892), Lopori (mai 1892), Ikelemba (début septembre 1892), Ruki - Tshuapa (13 au 26.9.1892), Lac Ntumba (mai ? 1893). Lemaire mentionne l'existence de rapports de voyages mais à part celui publié dans Le Coq Illustré concernant la Ruki - Tshuapa, aucun ne nous est parvenu.

4.3. LE TRANSFERT D'EQUATEURVILLE A COQUILHATVILLE

C'est sous l'impulsion et selon les plans (19) de Lemaire que le poste de l'Etat fut transféré de Wangata à Mbandaka à partir d'août 1891 Les activités autour de la construction du nouveau poste ne sont pas mentionnées dans son journal, mais il en a donné ailleurs la description (20).

En lisant ces notes, on découvre un Charles Lemaire appliquant fidèlement les méthodes parfois cruelles d'occupation du pays. Quelques années plus tard, dans un article dans La Dernière Heure, il s'expliquera: "Pour tout le monde, l'Afrique Centrale n'était qu'une terre d'épouvante. Mon esprit était tout disposé à accueillir les dires de nos anciens. C'est ainsi que mon éducation commença dans les coups de canons et de fusils, dans les incendies des villages, en un mot dans les abus et les surabus de la force avec tous ses excès. Je deviens chef à mon tour. Pendant ce temps, je suivis les exemples reçus, puis peu à peu j'en vins à douter de l'excellence de nos procédés: je relus avec horreur mes premiers rapports; mon être tout entier se ressaisit; je me jurais de consacrer mes efforts à la race noire (). Il m'a fallu quatre ans pour ouvrir les yeux à la réalité" (21).

4.4. LEMAIRE ET LA RECOLTE DU CAOUTCHOUC

Le séjour de Lemaire à l'Equateur coïncide avec le début de la récolte du caoutchouc (22). Les excursions à l'intérieur et la reconnaissance des rivières avaient pour but principal de connaître les possibilités d'exploitation du caoutchouc. Le décret du 17 octobre 1889 est à la base du système domanial de 1'Etat Indépendant du Congo (23). Le 27 mars 1890 le Gouverneur-général, Camille Janssen, envoie une circulaire aux Commissaires de District (24). Cette circulaire contient déjà toutes les caractéristiques du "système léopoldien".
1° Le commerce privé sera dorénavant exclu de toutes les régions où il n'a pas encore pénétré.
2° Les indigènes seront contrôlés et forcés de travailler par les postes militaires.
3° L'Etat seul fait le commerce dans ces régions.
4° Le personnel d'Etat reçoit des primes.
Le style de cette circulaire indique bien que ces idées venaient du roi lui-même et il est probable que c'est Coquilhat qui a inspiré le roi (25). Peu après, déjà en 1892 éclate le conflit entre l'Etat et la SAB. La SAB invoquait e.a. la circulaire que Lemaire avait signée à Basankusu le 8 mai 1892 dont le texte stipulait: "Considérant qu'aucune concession n'a été accordée pour l'exploitation du caoutchouc sur les domaines de l'état dans le District de l'Equateur, le Commissaire de District décide:
1. Les indigènes ne pourront exploiter la liane à caoutchouc qu'à condition d'en remettre le produit à l'Etat contre numéraire.
2. Toute embarcation ou particulier détenant plus d'un kilogramme de caoutchouc se verra dresser procès-verbal, l'embarcation pourra être confisquée, sans préjudice d'autres suites" (26).

Le Gouverneur-général, "se basant sur la circulaire du Département des Finances du 13.3.1891 déclara cette circulaire illégale, mais Van Eetvelde désavoua le Gouverneur-général dans sa note du 28.10.1892 à Lemaire (27). Entre-temps Lemaire avait pris connaissance d'une copie d'une lettre du 30 mai 1892 du Secrétaire d'Etat, Van Eetvelde, au Gouverneur-général, lui rappelant strictement ses devoirs:
"Monsieur Lemaire, depuis qu'il est à l'Equateur, fait preuve d'un dévouement constant et intelligent aux intérêts de l'Etat. () Je désirerais cependant attirer son attention sur deux points principaux de sa mission et à la réalisation desquels le gouvernement attache le plus grand prix. Le premier concerne la récolte du caoutchouc. Je constate d'ailleurs que Monsieur Lemaire s'en préoccupe et je résume ci-après:
1° Recueillir des renseignements très précis sur l'existence du caoutchouc dans la Lopori, la Maringa, la Boussira, la Lwapa, le Rouki ()
2° Ne négliger aucun effort pour recueillir dès maintenant et dans toute l'étendue du District de l'Equateur "le plus de caoutchouc possible pour créer sans retard un courant commercial important" (28) [Soulignés au crayon rouge par Lemaire].
Le 30 octobre 1892 sortira le décret qui crée le domaine privé de l'Etat. Pour l'Equateur ce décret permettra le commerce libre de l'ivoire et du caoutchouc dans le District de l'Equateur, excepté pour les bassins de la Lopori et de la Maringa en amont de leur confluent ainsi que dans une zone située dans un rayon de 20 kilomètres autour d'un point à déterminer par l'administration près du confluent de la Busira et du Momboyo.
Le même Van Eetvelde donne des instructions également quant à l'établissement de factoreries pour l'Abir (29). En 1895 cette Société aura quatre postes et en 1897 déjà 8.

Dans le Carnet de Palabres nous voyons que Lemaire se fait parfois payer des amendes en livraison de caoutchouc. Il nous renseigne également de la façon de préparer les petites boules dites caoutchouc-cerise. Pour les préparer, l'indigène incise la liane, recueille le suc dans le creux de la main, puis s'en barbouille les bras et la poitrine. Sous l'influence de la chaleur, grâce aussi à la grande surface d'évaporation, le latex se coagule, l'indigène le détache alors de sa peau et le met en boules. Ce procédé est usité presque partout; il est long et fatigant. Sous l'impulsion de Lemaire lui-même, la cueillette du caoutchouc se fait en pratiquant des entailles dans les lianes, et en recueillant le jus dans des récipients où on produit la coagulation par l'addition d'ingrédients divers; ainsi a-t-on trouvé qu'il suffisait de quelques gouttes du jus d'un fruit sauvage (amomum citratum) pour obtenir la coagulation parfaite du latex des landolphia.

On a l'impression que Lemaire n'a pas fait un grand effort pour faire récolter le caoutchouc pour l'Etat. Même s'il avait voulu le faire, le manque de personnel et les multiples tâches qu'il avait à assumer durant son séjour à l'Equateur, ne lui en auraient donné ni le temps ni les moyens. Après sa retentissante démission en 1907, il affirma à maintes reprises qu'en son temps, il avait récusé de faire la récolte du caoutchouc. En 1908 il écrivait: "Pendant mon séjour au Congo, je fus le premier commissaire du District de l'Equateur; lorsqu'il fut question de caoutchouc, je m'y refusai et écrivis au Gouvernement: "Pour faire du caoutchouc dans le District de l'Equateur, (où nulle préparation n'avait été faite), il faudra couper des mains, des nez et des oreilles, et je ne sache pas que nous ayons chassé les bandits arabes pour nous substituer à eux." (30)

NOTES DE L'INTRODUCTION

(1) Quelques études sur la personne et l'uvre de Charles Lemaire:
R. BEBING, Le Commandant Charles Lemaire, pionnier vedette de l'Etat Indépendant du Congo. 1863-1926. Biographie-Essai, resté inédit le manuscrit dactylographié est conservé à la Bibliothèque Africaine à Bruxelles. -La note de N. LAUDE dans la Biographie Coloniale Belge (BCB) II, 603-6à8 et la note de P. SALMON dans Hommes et Destins V, Paris 1984, P. 338-342; -Une étude originale de E. BOELAERT, Charles Lemaire, premier Commissaire de District de l'Equateur, dans Bulletin des Séances de l'IRCB, 1953, 506-535. -Une notice de M. ROBERT, Le commandant Charles Lemaire, dans Revue Coloniale Belge 6 (1951)383-386 et E. JANSSENS et A. CATEAUX, Les Belges au Congo, T. II, 274-308. -La liste des publications de Lemaire dans Th. HEYSE et MOMHEIM, Index de Bibliographie Coloniale placards 36-40 (1 mai 1937).

(2) Jules VAN DORPE, voir BCB, III, 255-257.

(3) E. BOELAERT avait composé une longue étude sur les origines d'Equateurville, conservée dans les Archives MSC à Borgerhout et une copie ainsi que les notes d'étude aux Archives Aequatoria, Fonds Boelaert, à Bamanya. Cette étude était partiellement publiée dans E.BOELAERT, Equateurville, dans Aequatoria 15 (1952)

(4) Sur August BOSHART voir BCB I, 150-151 et E. BOELAERT, Le Capitaine Boshart dans Aequatoria 18 (1955) 121-124.

(5) L.JULIEN, voir BCB II, 524.

(6) VAN RISSEGHEM, non identifié.

(7) C. PETERS, BCB III, 677, Il reprend le poste de Basankusu de Lothaire le 18 octobre 1891

(8) Pierre LENAERTS, BCB III, 541.

(9) Voir Le Mouvement Géographique 1891, 110 b.

(10) A. DE BOCK, BCB II, 64.

(11) Congo Illustré 1892, 187- Ch. MISSON, BCB III; 634.

(12) C. BERCKMANS, BCB V, 57.

(13) Achille DURIEU, né le 21-1-1871. Il fut engagé pour un premier terme de trois ans en qualité de sergent de la Force Publique le 6 novembre 1891 Désigné pour le camp d'instruction de l'Equateur, il y arriva le 12 mai 1892. Le 18 janvier 1893 il fut désigné pour Basankusu. Le 1 janvier 1894 il part pour le poste d'Imessi. Le 9 novembre 1894 il rentre à la fin de son contrat. Il fut engagé pour un deuxième terme de trois ans comme sous-lieutenant le 6 juin 1895 et fut de nouveau désigné pour l'Equateur. Il rentra le 10 novembre 1898 et fut nommé Capitaine de la Force Publique le 1 décembre 1898 (Archives Africaines, Bruxelles, Dossier personnel).

(14) LAMERS. (BCB I, 583 ? ). Je reprends la notice du Ms de Boelaert: "LAMERS Mathias Félix, né à Arlon le l5-3-1869, sergent du 2° Ligne, part pour le Congo le 6-2-92. Il rejoint Chaltin à Lhomo le 14-4-1893, avec De Bock, nous dit Jacques, II, 158" [= E. JANSSENS A. CATEAUX o.c.]

(15) A. SPELIER, BCB III 875.

(16) Manuscrit "Equateurville" p. 118 de E. BOELAERT, Archives MSC-Borgerhout et Archives Aequatoria, Bamanya.

(17) A. THURIAUX-HENNEBERT. Inventaire Papiers Charles Lemaire, Tervuren 1968 (Inventaires des Archives Historiques du Musée Royal de l'Afrique Centrale, n° 5).

(18) Le rapport de cette reconnaissance est cité dans Bébing o.c.. L'original se trouvait encore parmi les Papiers Lemaire au temps que Bébing les consultait à l'Université de Bruxelles. Il ne s'y trouve plus actuellement. Il avait pour titre: "Reconnaissance des rivières Ruki, Mowindu, Bussira, Loapa, Iapa du 12 août au 9 septembre 1892". Le texte du Congo Illustré 1894, p. 14-15 et 28-30 "Une exploration dans le Ruki" en est une version embellie.

(19) Le plan de la ville selon les propositions de Lemaire est reproduit en annexe dans le livre de Th. MASUI, D'Anvers à Banzyville. Il est également publié dans Annales Aequatoria 4 (1983) en face de p. 156.

(20) Voir une lettre publiée dans le Mouvement Géographique 1891, 110, et une description détaillée dans Ch: LEMAIRE, Comment les Noirs travaillent au Congo, Bruxelles 1895, p. 96. A la page 94, il donne un tableau du personnel noir des stations de l'Equateur en 1893 (Coquilhatville, Basankusu, Gombe) et du personnel de la SAB (Equateurville, Busira-monènè, Basankusu, S. Aug. Beernaert).

(21) La Dernière Heure du 1 Juillet 1908. Ce texte est aussi reproduit dans Belgique-Congo, Gand, 1908 (Extrait de l'Almanach de l'Université de Gand) 84 p. et dans son Cours de déontologie de 1923.

(22) Voir les récentes publications de D. VANGROENWEGHE: Léopold II en Kongo, Brugge 1985; Rood Rubber, Léopold II en zijn Kongo, 351 p, Elsevier 1985; Du sang sur les lianes, Didier-Hatier, 1986. Le Red Rubber de l'Anversoise dans Annales Aequatoria 6 (1985) 39-65.

(23) Bulletin Officiel 1889, 218-219. J. WALTZ, Das Konzessionswesen in Belgischen Kongo, Jena 1917, Vol. I p.13 était le premier à souligner l'importance de ce décret.

(24) Texte chez J. WALTZ, o.c. Vol. II, p. 20.

(25) J. WALTZ, o.c. I, 22.

(26) Copie dans: Archives MSC, Borgerhout, Fonds Boelaert. Notes sur l'Histoire de la SAB, n° 23.

(27) Ce texte a été publié dans Th. HEYSE, Correspondance Léopold II - Janssen dans Bulletin des Séances de 1''IRCB, XXIV - 1 (1953) 476-502. La note de Van Eetvelde à Lemaire: p. 500-501.

(28) Pièce citée dans Bébing, o.c., p. 19. La supposition de Bébing que Lemaire, agent d'exécution apprécié de ses chefs, a probablement fait de son mieux pour amorcer la récolte du caoutchouc et de l'ivoire me semble discutable. Dans les récits des souvenirs des indigènes, Etaka (François) d'Isenga moké témoignait en 1954 "Ikoka ntakaki basenji betofe" (Lemaire n'imposait pas le caoutchouc aux indigènes). Boelaert D 423. Voir aussi H. Vinck, Arrivée des Blancs sur les bords des rivières équatoriales du Zaire (en collaboration). Partie I. AA 16(1995)13-134; Partie II ,17(1996)7-415. Publié aussi sur aequatoria.be/archives_project

(29) Van Eetvelde à Lemaire, cité dans E. BOELAERT, Charles Lemaire..., p. 530-31.

(30) Congo-Belgique, 1908, p. 64.



TEXTE DU CARNET
Note:
L'original de ce carnet se trouve dans au Musée Royal d'Afrique Centrale à Tervuren,
Section Historique, Papiers Charles Lemaire, 62-45/5. Il consiste en 75 pages numérotées et 5 pages non numérotées, 15 x 22 cm. La couverture porte le n° 285.
Les abréviations, les millésimes manquants ou abrégés ont été complétées. Les "idem" ont été remplacés par les termes signifiés.
Les croquis intercalés dans le texte ne sont pas reproduits ici. On les trouve dans l'édition originale dans les Annales Aequatoria 7(1986) après la page 75. L'orthographe des noms propres et toponymes est respectée. Nous remercions Mr Dr M. Luwel, Conservateur au Musée de Tervuren, pour avoir permis la publication de ce document.
Quelques études basées sur ce texte ont été publiées entre-temps:
H. Vinck (éditeur), Mbandaka hier et aujourd'hui (Etudes quatoria -10). Centre quatoria Bamanya 1990. [Aussi sur Abbol.com]; H. Vinck, Charles Lemaire de passage à Mbandaka (1895; 1900; 1902), AA 13(1992)67-124 (1); H. Vinck, Chefs et Patriarches de Mbandaka. AA 13(1992)517-528; H. Vinck, Résistance et collaboration au début de la colonisation à Mbandaka, dans: E.Müller et A.-M. Brandstetter (Ed.), Forschungen in Zaïre. Lit, Münster-Hamburg, 1992, 481-508; E. Boelaert, Ch. Lonkama, H. Vinck, Arrivée des Blancs sur les bords des rivières équatoriales du Zaire (en collaboration). Partie I. AA 16(1995)13-134; Partie II ,17(1996)7-415. Publié aussi sur aequatoria.be/archives_project



"PALABRES DIVERSES TENUES DANS LE DISTRICT DE L'EQUATEUR"

18 mars 1891 [Croquis 1]

Les chefs Wangatas convoqués hier viennent au nombre de trois, a savoir, Issolimbou grand chef de Bonkamba, Boulira (2) grand chef de Makouli, Sotoukou chef de Wangata.
Le chef Moutoutou de Ikoyo est malade. Le chef Issolumba de Ikoyo est en voyage.
Il leur dit ce qui suit:
Boula Matari (3), chef de tout le pays, m'a envoyé pour faire ici un grand village. Ceux qui ne seront pas ses amis auront la guerre. Pour nourrir mes hommes les villages d'amont viendront tenir marché à la station tous les quatre jours, de même que les villages d'aval, les jours de marché étant alternés de deux en deux.
Un blanc amènera les hommes au marché qui sera ouvert et fermé par le tambour. Les villages fourniront des vivres aux blancs. On paiera 1 mitako (4) pour trois ufs. Chaque village fournira à son tour une dame-jeanne de massanga (5), gratuitement. Les chefs déclarent accéder à tout: ils vont convoquer pour après-demain tous les chefs d'amont et d'aval. La palabre sera ainsi exposée à tout le monde.
Le chef Issokonia de Ikoyo (Wangata) se présente dans l'après-dîner.
Monsieur Lenaerts (6), s'étant rendu sur la rive droite (7) pour acheter des vivres, a dû se retirer devant les menaces des indigènes. Les villages seront détruits à l'arrivée des steamers
de Yumbi. (8)

19 mars 1891

Les chefs Bounguéssé de Wangata et Issaloumbé de Wangata viennent se présenter dans la matinée. De 10 heures à midi je reconnais la rive jusqu'au-delà de Macouli.
Entre Bonkamba et Makouli on peut construire puis s'étendre vers et sur le plateau de Macouli. En aval de Macouli se trouve un bon point d'atterrissement. D'après les indigènes aux crues les eaux viennent jusqu'à l'entrée du village. Un pier de 50 mètres serait suffisant pour permettre l'atterrissement toute l'année.
Les chefs d'aval m'attendent à la station. Palabre à laquelle assistent les chefs Wangata, Makouli, Ilèkou et Nganda.
Il est convenu ce qui suit: Deux marchés seront tenus alternativement, l'un par les villages d'aval, l'un par les villages d'amont. Les indemnités suivantes seront groupées (comme contributions) par les différents groupes.
Village Boussirandao (9)
1 homme libéré (10) et 1 petite chèvre.
Villages Nganda (11)
12 hommes libérés,
4 grandes chèvres,
4 petites chèvres,
20 poules.
Villages Wangatas
3 hommes libérés,
2 grandes chèvres,
2 petites chèvres.
Village Makouli
2 hommes libérés,
2 grandes chèvres.
Villages Bandakas et Ilékou
8 hommes libérés,
2 grandes, 2 petites chèvres et 5 poules.
Le chef Adjimoukounda (12) de Ipeko vient montrer le traité conclu avec lui par Katchétché (Van Gèle) (13) et Coquilhat (Mouéva) (14). Ce chef a déjà envoyé trois chèvres à la station. Il promet une touque de massanga tous les deux jours et dit qu'il fournira des oeufs à raison de trois pour un mitako.

21mars 1891
Les chefs de Makouli demandent à payer 1000 mitakos au lieu de deux hommes. Accordé. De 8 heures à 3 heures Mr Lenaerts et moi reconnaissons la rive jusqu'au dernier village des Bandakas. A Ilèko (15) tout le monde s'est enfui; le chef seul m'attend; il dit que hier soir les Loulangas de la station sont venus les prévenir que le blanc voulait brûler leurs villages. Après quelques explications le chef rassuré appelle ses hommes, et nous accompagne lui-même aux Bandakas.
Bon accueil chez ceux-ci qui ne demandent pas mieux que d'avoir une station de Boula Matadi chez eux. Nous visitons l'île où le village de Macouli a des plantations de manioc; une bande de 200 mètres le long de la rive est propice à des constructions. En arrière le terrain absolument imperméable retient les eaux de pluie, ce qui forme obstacle à une bonne installation. Après-demain, lundi, nous verrons dans la même île un autre emplacement de plantation de Macoulie.
Il y a moyen d'arriver avec les steamers à cette époque, à l'île, marquée Ile Nsamboula.
Les chefs de Bonkondo (Ilèko) demandent à pouvoir donner 2000 mitakos au lieu de quatre libérés. Accordé. [Croquis 2]

23 mars 1891

Visite à la grande île en face de la station. Il ne s'y trouve qu'une bande de 150 à 200 mètres le long de la rive sur laquelle on puisse compter pour les plantations. En arrière le terrain imperméable ne boit pas les eaux de pluie.
Très peu de bon bois de construction. Il s'y trouve actuellement environ 6 hectares de plantations appartenant aux villages de la rive gauche.
Les Bouroukis demandent à être reçu demain au village d'Iléko pour finir toute palabre. Accordé.

23 mars 1891

Le chef Issolimbou de Wangata amène un libéré, le nommé Mokouli. Le nommé Nkéla de Boungata (rive gauche) vient se réfugier à la station. Son village veut le tuer: cet homme reçoit une mokande (16) de libéré.

24 mars 1891

Dans la matinée je me rends au village Eléké (Nganda) chef Issomi: le village s'enfonce profondément dans les terres; les habitants sont cachés sauf une trentaine d'hommes. Je suis accompagné d'un homme des Wangatas qui a acheté une femme aux chefs de Monsole; cette femme a déserté pour retourner chez elle; au dire du Wangata elle a été instiguée par un nommé Bokonya d'Eléké,
Ce dernier dit: "cette femme est revenue chez son père à qui j'ai demandé à l'acheter. Ce dernier m'a répondu: je ne puis la vendre parce qu'elle appartient à un homme qui va venir la réclamer. Je lui ai dit que je la voulais. A quoi il a accédé disant que j'étais plus fort que lui.
J'ordonne au nommé Bokonya de me remettre immédiatement la femme afin qu'elle soit détenue jusqu'à ce que la palabre soit arrangée. Mon homme veut se sauver en assurant qu'il va amener la femme. Devant l'air louche de toute la bandes je tire mon revolver et fais empoigner le nommé Bokonya. Je puis me retirer sans être inquiété bien que nous soyons à 2 kilomètres de la rive. Les Boroukis m'attendent chez Iléko. J'y vais après-midi. Tout le monde est là, demandant instamment l'amitié de Boula Matari qui est devenu très fort. Les Boroukis fourniront: 30 hommes, 10 chèvres, 20 poules, 500 grands bambous. Ils ont un mois pour s'exécuter.

25 mars 1891

La femme en cause à Eléké est amenée. Elle restera à la station jusqu'à ce que l'homme à qui elle revient ait payé 250 mitakos et une chèvre. Le nommé Bokonya sera mis en liberté après livraison de 10 chèvres et de 500 mitakos, et la visite du chef Issomi d'Eléké. Si la palabre n'est pas finie après-demain, l'homme sera mis en jugement.
[Croquis 3 et 4].

26 mars 1891

L'indemnité à payer pour le nommé Bokonya est payée comme suit: 500 mitakos, 2 chèvres, 1 mouton. C'est tout ce que cet homme possède en fait de bétail. Il fournira encore 2 régimes de bananes et un pot de massanga. Le chef Loukalangou de Nganda amène 3 libérés, 3 poules et 1000 mitakos (pour 2 libérés). Un libéré est bon, l'un est trop petit, l'autre trop vieux.

28 mars 1891

Le chef Ngombé de Boroukin'samba (17) paie 900 mitakos pour 2 hommes (reste 100 mitakos à payer) et 1 poule. Le village Bakanga est brûlé pour avoir poursuivi Laenerts à couper des lianes.

29 mars 1891

Départ des canonnières "Ville de Bruxelles" et "Ville d'Anvers" pour Youmbi. Midi, arrivée à Irebu où dans le 3e village à partir de la mission, je suis reçu par le chef et ses hommes en armes: "Nous ne voulons pas du blanc; si vous continuez votre route nous tirerons sur vous; allez vous-en". C'est ce village qui a volé à Loulanga un canot, une femme et deux hommes.
Je préviens le chef Edjiba que son village sera détruit. Il m'en défie: "je veux la guerre" dit-il. Les autres villages viennent au steamer protester de leur amitié. Le grand chef Mangombé est à Loukoléla (17 bis). Boutounou-Boussindi et Irebou promettent d'avoir leurs hommes prêts pour son retour.
1 ½ heure. -Départ.
3 heures. Ngombé. Je me rends seul à terre et parcours les villages; partout fuite générale. Enfin le vieux Mpokè s'amène et débute en me demandant un pagne. Je finis par avoir tous les chefs, mais les hommes ne sont pas prêts.
Le chef de poste m'a dit d'ailleurs que depuis le passage des steamers on a complètement oublié qu'il y avait une contribution à payer. Ngombé promet d'avoir ses hommes au poste dans 5 jours, au retour des steamers.

30 mars 1891

Arrivée à Loukoléla à midi. Les chefs arrivent à une heure. Protestation d'amitié. Echange de sang. Ils me remettent 5 libérés. Les dix autres seront prêts pour mon retour de Bolobo.

31mars 1891

Arrivée à Youmbi. Tout est bien.

1 avril Bolobo 1891

Visite au poste où le chef de poste se plaint du chef Mbala à qui je fais la leçon de manière à le mettre sur ses gardes sérieusement.
Je reprends au poste:
1° un libéré du Kasai, abandonné par la V. de Liège.
2° un homme libéré qui avait été remis à la mission de Bolobo lors de sa libération par l'Etat. Cet homme ne veut plus rester à la mission et demande à venir travailler chez moi.
3° une femme libérée remise à cet homme libre.
4° un des Zanzibarites du poste.
Il parait, au dire des boys de la mission que le village posséderait le chassepot perdu par un Bangala blessé dans les îles lors de la dernière palabre.

2 avril 1891

Mangono, chef de Lounioko donne ses deux hommes. Molenga et Mountsige. Ngoïe de Boumba donne un homme Mbwakassie. Malenga de Mbondjo donne deux hommes: Bolumba et Moyiomabi. Il lui en reste un à fournir. Je prendrai ces derniers hommes lors d'un autre voyage.

3 avril 1891

Arrivée à Youmbi à midi. Le sous-officier Crayet (18) a été tué avant hier par un hippopotame. Son corps n'a pu être retrouvé. Le même jour l'allège du lieutenant Blateur (19) a été crevée en deux places; elle n'a pu être réparée le mécanicien de la Ville d'Anvers, qui est trop malade.
Le lieutenant Blateur revient à 2 heures d'une excursion contre le village de la Youmba. Le mécanicien de la Ville de Bruxelles demande 2 jours pour la réparation de l'allège, dont la section étanche est crevée. Pour gagner du temps je fais mettre l'allège en trois pièces et la fais placer sur le pont. On la réparera plus tard.

4 avril 1891

Arrêt à Bolébo. Petit village créé par les dissidents de Loukoléla. Comme on ne veut nous recevoir qu'à coups de lances et de fusils, le village est brûlé. Un natif est tué.

5 avril 1891 Loukoléla
A midi les canonnières mouillent dans l'île en face de la mission, puis camper en amont pour faire du bois. Pendant ce temps une allège des Houssa va à terre fourrager pour les blancs et les noirs.
Je reçois 10 hommes.
Nous visitons l'ancienne station où la brousse a repris ses droits.
Il y aurait à étudier l'installation dans la forêt de Loukoléla d'une scierie qu'on placerait au carrefour de deux larges avenus à angle droit.

6 avril, Ngombé 1891

Les canonnières campent sur un banc de sable. Le peuple de Ngombé vit un pied dans le village, un pied dans la brousse. Ne voulant pas perdre de temps et Ngombé n'étant pas trop conséquent je ne brûle pas. J'obtiens 3000 mitakos en place de six libérés. Je prendrai les 4 derniers libérés plus tard.

7 avril 1891 (19 bis)

J'en ai eu hier jusque deux heures du matin à recevoir les mitakos portés par paniers. Je vais de nouveau à terre pour sermonner Mpoké: comme j'élève la voix, un coup de trompe (mot illisible) tout ce peuple de moineaux qui disparaît dans la brousse. Le chef du poste est chargé d'annoncer à Ngombé que son paiement de 3000 mitakos ne comptera pas.
11 heures: Irébou.
En passant devant Boutounou et Boussindi les chefs ont prévenu qu'ils ne tarderaient pas à venir jusqu'à Irébou. A la mission je trouve Yoka (alias Bamia); second de Mangombo qui est encore à Loukoléla. Il demande qu'au lieu de brûler le village du chef Edjika je me contente de lui imposer une amende. Je préviens que les autres villages n'ont rien à craindre et j'envoie une compagnie brûler le village rebelle. Irébou fait cause commune avec ce dernier; en conséquence on brûle le tout sauf les deux villages attenant à la mission et qui se sont mis sous la protection du drapeau de l'Etat. Une quinzaine de natifs reste sur le carreau.
Campement dans une île en face d'Irébou. Les missionnaires font demander des soldats, on leur envoie la 4e compagnie. Le docteur Small (20) me dit qu'ayant voulu aborder à Ikengo avec le "Henry Reed", une vingtaine de grands canots armés en guerre et montés par quantité d'indigènes, se sont détachés de partout. Le "Henry Reed" a dû s'éloigner à toute vapeur.

8 avril 1891

Quelques coups de fusil ont été tirés la nuit sur les sentinelles de la mission. A 5 ½ heures nous abordons à Irébou. Une compagnie et demie est jetée à terre avec mission de suivre la rive pendant que la "Ville de Bruxelles" entrera dans l'Irébou. La "Ville d'Anvers restera avec une demi-compagnie à la mission
[croquis 5].
Après deux heures de steamer, nous trouvons les hommes sur la rive en face de Bokaka. On les passe et Bokaka puis Moboko sont détruits (ces agglomérations appartiennent au groupe d'Irébou). Le matin en abordant à Irébou une balle indigène a crevé l'enveloppe des tubes de la chaudière.
Retour à 3 heures. D'après les missionnaires, les chefs d'Irébou veulent arriver à composition; ils demandent que demain les steamers aillent dans l'île et que je reste seul à la mission. J'envoie des messagers à Boussindi et à Batounou. Les sentinelles attaquées par un groupe d'indigènes tiraillent avec rage. A 9 heures ½ compagnie va couvrir la mission, sur lettre des missionnaires. Les messagers envoyés par moi ne reviennent pas.

9 avril 1891

De bon matin Boussindi, chef Moyongo, arrive avec 2400 mitakos en place de ses libérés. Il conjure qu'on lui épargne toute palabre. J'accepte les mitakos afin de commencer la conclusion de la paix avec Irébou qui viendra plus vite à composition si Boussindi et Boutounou se sont déjà soumis. Je suis prévenu qu'Irébou et Boutounou seront demain à la mission.
On fait la réparation de l'allège crevée par un hippo, et d'une allège de la "Ville d'Anvers" crevée par le lieutenant Hannotte, sur des pierres.

10 avril 1891

Boutounou apporte 2400 mitakos. Je trouve Bamia (alias Ioka) d'Irébou à la mission. Je lui impose:
1° la remise des prisonniers de Loulanga
2° le paiement de 5 libérés pour l'Inspecteur
3° 1000 mitakos d'amende
4° un poste de 5 hommes à placer dans un mois et à nourrir par Irébou.
Bamia donnera la réponse d'Irébou le plus tôt possible. On amène la soirée: 1 libéré et 1000 mitakos.

11 avril 1891

Ebamia amène encore 3 hommes libérés, une femme et un homme de Loulanga. Il reste à recevoir: 1 libéré et 1 homme de Loulanga avec un canot. Je prendrai ce reliquat plus tard.
Départ des steamers qui campent à 5 1/-2 heures un peu en aval d'Ikengo.

12 avril 1891

Attaque des villages Ikengo. Défense molle. On prend peu de chèvres; il est prouvé par les barricades et l'évacuation de toutes les pirogues etcqu'Ikengo nous attendait. Le grand chef Ekélé de Etchimanjindou est tué et jeté à l'eau. On campe à Ikengo.

13 avril 1891

Station de l'Equateur. Hier j'ai prévenu Boroukis d'avoir à m'amener leurs hommes au plus tôt.

14 avril 1891

Expédition contre Loliva qui refuse de venir à la station. Temps détestable; l'attaque se fait par une pluie battante. Le groupe de villages est considérable; on n'arrive pas à tout détruire. Une quinzaine de noirs est tuée; une grande partie des villages se cachent dans les rives d'un marais où le lieutenant Blateur pénétra avec 2 allèges. Les indigènes sont à la rive insultant le blanc.
Quantité de flèches. Deux Bangalas du steamer "Ville de Bruxelles" sont enlevés par un retour des indigènes; le capitaine Jefsen (21) avec son équipage les délivre: l'un a un coup de couteau au bras, l'autre une éraflure de lance à la cuisse. Un gamin est fait prisonnier.

15 avril 1891

Les Boroukis sont venus hier au steamer m'annoncer qu'ils amèneraient leurs hommes demain. Les compagnies aménagent la station.
Pendant mon absence, on a reçu à la station: des Boroukis; 10 chèvres et 4 poules. De Nganda 1000 mitakos en place de 2 libérés. [Croquis 6 + 7]
Villages dans le Lac Matoumba:
Ngele - Ikoka - Nkake - Niangwé - Bikolo - Ebondi - Ntondo - Lobaka - Bôboli - Dwéngué - Lokangwa - Bikolo - Ikôko - Ngélé - Bowongo - Ngélóbombwa -Dondo - Botoali.- Ekoso - Ngwangombé - Niangwé - Kataikondo - Boukouti - Boânga - Nkolé - Iembé - Mouëli.
Il y a 3 heures de steamer d'Irébou au Lac. Le passage n'est praticable qu'aux hautes eaux (fin avril-mai). A certains moments de l'année, il faut pousser à bras sur les bancs de sable.
.[Croquis 8 + 9].

16 avril 1891

Expédition contre les villages de la rive droite. Retour à 4 heures. Les villages étaient barricadés des trous de loup à flèches préparés. Rien dans les villages qui ont tous été brûlés. L'un des villages rebelles avait le drapeau de l'Etat sur un chîmbèque. Les Boroukis ne sont pas venus à cause du mauvais temps. Ils viendront demain.

17 avril 1891

Le champ de mais a été pillé hier; on trouve ce matir au camp quantité de carottes de maïs. Distribution de chicote. Un homme de Loukoléla qui s'était évadé de la chaîne est ramené par le chef de Boussirandao. Eléko vient me prévenir qu'un premier canot des Boroukis est chez lui; tous seront ici à midi. On me prévient aussi que la palabre est finie avec les Boroukis, je verrai venir Loliva.
A 2 heures je vais à Boroukinsamba, les Boroukis n'ont amené que des boys, des hommes mal faits et 3000 mitakos. Je leur promets la guerre pour demain. Ils promettent d'amener ce soir même 9 libérés convenables. J'emmène 1 homme et 2500 mitakos. De plus ils me paient 300 mitakos pour leur retard.

18 avril 1891

Départ des steamers à 10 heures. M. Lenaerts leur remet à Bouroukinsamba 8 hommes des Bouroukis. Il ramène à la station une femme des Bouroukis. Ceux-ci ont encore à payer 15 libérés et 500 bambous.
Envoyé à M. Van Kerkhoven (22) inspecteur d'Etat
6 hommes de Bolobo
15 hommes de Loukoléla
2600 mitakos de Ngombé
2400 mitakos de Bantounou
2400 mitakos de Boussindi
4 hommes d'Irebou
9 hommes des Bouroukis
2500 mitakos des Bouroukis
Remis au lieutenant Blateur un homme du Kasai abandonné à Bolobo par la "Ville de Liège".
Bandakas apporte 1000 mitakos.

20 avril 1891,

Bandaka donne 900 mitakos. Loliva envoie une chèvre, et demande que j'aille à Ipéko.
Le chef d'Ipéko donne une poule et une touque de massanga.
Je convoque Loliva, chez les Wangatas. Le fils d'Essiba fait prisonnier à Loliva est mis en liberté.
Les Ngandas (village Bondjia) envoient 470 mitakos.
Le "Roi des Belges" arrive à 4 ½ heures. Il' a à bord le sous-officier Van Hoek (23) mort de dysenterie dans l'après-midi, on l'enterre à 6 heures.
Se trouvent à bord: le commandant Delporte (24), le capitaine Gillis (25, le sous-lieutenant Tamine (26), Monsieur Beckers (27) de la Société Belge, tous les 4 malades, fiévreux, dysentériques, anémiés.

21 avril 1891

Le village Dipoutou des Ngandas donne 1 libéré et 500 mitakos.

22 avril 1891

Les Wangatas amènent: 1 homme libre, 2 esclaves mâles, 1 esclave (femme), réfugiés de Loliva chez les Wangtas de l'intérieur.

26 avril 1891

Reçu des Wangatas: 480 mitakos en place d'un libéré.

27 avril 1891,

Reçu des villages Loliva. Echange de sang.
Ils paieront: 16 libérés, 2 béliers, 10 canards, 500 bambous. Le paiement commencera dans huit jours.

1 mai 1891

Reçu des Ngandas: 470 mitakos.

5 mai 1891

Reçu de Loliva 990 mitakos, un canard et 50 bambous. Ils amènent une femme qui n'est pas acceptée. Hier les chefs de l'Ikélemba ont fait demander alliance. La réponse est qu'ils sont attendus.

8 mai 1891

Ikengo envoie un intermédiaire avec 3 chèvres, pour demander la paix. Réponse: les chefs peuvent venir sans crainte soit à la station, soit chez les Wangatas.

11 mai 1891

Reçu des Boroukis pour Van Kerkhoven 1000 mitakos et un libéré inscrit sous le n° EN/10 (Lokilou). Reçu la visite des chefs Nkaké de Bokélé, Mondjoko de Ikous, Ikomo de Bokélé. Ils viennent assurer Boula Matari de leur dévouement. Fait l'échange de sang avec Nkaké (27 bis).

12 mai 1891

Le village Bakanga viendra après demain. Le missionnaire Banks (28) écrit que les Wangatas ont tué la nuit une petite fille sur la tombe de Moutoutou.
C'est faux; les chefs Wangata m'amènent la petite fille en question qui est reconnue par le témoin envoyé par Monsieur Banks.

15 mai 1891

Bakanga-vient faire acte de soumission. Dans dix jours le chef paiera 50 poules et 500 bambous. Plus tard 500 mitakos. Echange de sang. Ikengo se présente dans l'après-midi. Il sera reçu demain. Les Bouroukis amènent un libéré pour Van Kerkhoven.

16 mai 1891

A 9 heures. Ikengo revient en nombre. Après longue discussion le paiement de l'indemnité de guerre est fixé comme suit:
4 hommes et 1 femme à libérer.
5000 mitakos, 500 bambous, dont 200 à fournir dans 5 jours, 4 chèvres, 2 moutons, 8 canards.
Le paiement se fera dans un mois. Echange de sang. Le chef Boukwéla des Wangata qui a réglé cette palabre reçoit 100 mitakos. Il en recevra encore 200 à la fin du paiement.

19 mai 1891

Les chefs Wangata, Makouli et Ipéko ont reçu hier du riz non décortiqué avec ordre de le planter chez eux. Ils ont d'abord demandé pourquoi Boula-Matendé et Mafouta-mingi ne leur avait pas fait faire pareille chose.
Au reste nous n'y tenons pas dit l'imbécile de Mounguessé [mot illisible]. Il est fortement ramassé et tout le monde se déclare prêt à introduire dans les plantations tout ce que le blanc voudra.
Visite des jardins où l'un des jardiniers donne une leçon de semailles de riz par groupes de 40 à 50 graines dans une petite fosse.
J'attends la "Ville de Gand" qui est partie le 14 pour Irébou et Ngombé avec M. Lenaerts. Elle amène le 19 un contingent de 50 Mongos libérés dont je suis très satisfait. Quatre d'entre eux sont mis à la scierie de long et s'en tirent très bien.
La "Ville de Gand" arrive à 11 ½ heures et repart à 2 heures. Remis pour Bangalas:
1500 mitakos de Ngombé, plus une pagaie.
5000 mitakos et 2 hommes d'Irébou, plus un canot.
2 hommes de Boussindi.
Reçu de Ngombé: 1800mitakos pour Van Kerkhoven. Il en reste 200 à percevoir.
Reçu d'Irébou 500 mitakos pour Van Kerkhoven. Compte terminé.
Reçu d'Irébou 1 homme pour Loulanga, 100 mitakos pour Loulanga en place du petit canot volé.
Reçu de Ngombé: frais de la même palabre: un boy libéré.
Irébou aura à payer dans un mois à l'Equateur: 5300 mitakos pour règlement définitif des dernières palabres.
Il entre en magasin un rouleau et 1000 mitakos pour Van Kerkhoven. Il y en a 300 mitakos de frais de recouvrement.
Reçu des Boroukis: 500 mitakos au lieu d'un libéré pour Van Kerkhoven.

25 mai 1891

Ikenge apporté 56 bambous, puis environ 75 bambous trop petits. Ces derniers ne compteront pas.
Bakanga apporte 21 poules et une douzaine de beaux gros bambous, malheureusement coupés trop courts. Remis à Bakanga du riz à semer ainsi que des tomates et des aubergines. Les Wangatas, Macouli et Ipéko ont reçu du riz à semer. Ikengo apporte dans l'après-midi 100 bambous.

28 mai 1891

Bakanga apporte 120 bambous.

2 juin 1891

Les Bokélés apportent 1 chèvre, 1 jarre de massanga et 1 régime de bananes. Visite dans les villages Wangatas et Makoulis: le riz sort de terre ou vient d'être planté.

3 juin 1891

Fait l'échange de sang avec le chef Bokélé: Mondjénkoù de Ikoua.

7 juin 1891

Le Wangata qui s'était rendu à Bokombo a dû s'enfuir pour ne pas être tué. Ces villages ne veulent pas de la paix.

9 juin 1891

A la suite d'un vol de 8 bouteilles commis à la factorerie belge (29), les nommés Boloumbi des Wangatas et Bokana des Bandakas ont été condamnés chacun à un mois de servitude pénale à subir dans la station d'Equateurville, à 100 mitakos d'amende, 100 mitakos de dommage et intérêts et à la libération d'un adolescent.
Ces 2 voleurs avaient cherché à entraîner avec eux les autres ouvriers de la factorerie.
Ils étaient hommes de confiance et en avaient profité pour disposer les bouteilles dans le magasin de manière a pouvoir les enlever en creusant un trou sous le mur en torchis, ce qui fut faite. Tous les témoins ainsi que les chefs étaient unanimes dans l'accusation: les voleurs avouaient.

10 juin 1891

Mounguéssé revient de Loliva. Il ramène l'homme qui s'était sauvé avec un canot. Loliva paie: 800 mitakos et présente 1 homme libéré et 1 femme enfant. Les 2 sont refusés; il faut des adolescents.
Payé à Mounguéssé: 250 mitakos.
Hier le nommé Bonyoumbé homme libre des Wangata (chef Issokonié) a grièvement blessé d'un coup de couteau le nommé Boutopi homme libre des Ngandas, pour une palabre de femmes. Le nommé Bonyoumbé est condamné à six mois de servitude pénale à subir à l'Equateur. Dans deux mois, l'amende qu'il doit payer, sera déterminée.
Le Zanzibarite Moutchoudi s'étant rendu, il y a quelques jours à Nkolé village Bandaka de l'intérieur, a été accueilli à coups de lance; il venait acheter des poules et on lui répondait: "
Nous ne vendons pas de poules à Boula Matari, nous les vendons au blanc de la factorerie qui paie deux brasses d'étoffe par poule".
Le lendemain les chefs Bandakas venaient se soumettre spontanément. J'ai refusé la paix: le village sera brûlé.
Aujourd'hui un homme de ce village s'étant présenté chez les Wangatas a été amarré par Moutchoudi et mis en prisons. Le linguistier Mpangala envoyé acheter des poules à Ipéko n'en rapporte que 4. D'après ses dires il y a là quantité de poules, de canardes de chèvres, mais on est très arrogant et très exigeant. Un poste de 5 hommes sera mis à Ipéko dès que la chose pourra se faire.

11 juin 1891

Metchoudi envoyé à -Ipéko avec 4 Haoussas rapporte 17 poules (dix pour rien, 7 achetées). D'après lui le chef Edzimokondou est animé de mauvaises dispositions pour l'Etat.

12 juin 1891

Le chef Ntouka prend un sauf conduit pour le village Mpombo de la rive droite qui demande la paix.

14 juin 1891

A 5 heures du matin le Zanzibarite Metchoudi est envoyé avec une 40 ne d'hommes (Haoussas, Irébous, et quelques hommes choisis de la station), pour brûler Nkolé. Il est accompagné d'un certain nombre de Wangatas. L'opération réussit bien et tout est brûlé. On a l'occasion de faire de nombreuses provisions lorsque tout-à-coup Ipéko se présente, et malgré l'assurance qu'il ne s'agit pas de leur palabre à eux, ils attaquent nos hommes munis de peu de cartouches, et ont la partie belle pour blesser surtout une dizaine de libérés qui ont rejoint l'expédition pour le pillage. Ces derniers n'ont pas d'armes et reviennent presque tous blessé à la jambe ainsi que l'interprète Mpangala. Il y a eu là un acte de trahison de la part d'Ipeko qui avait demandé et obtenu l'échange du sang. Dès que la "Ville d'Anvers" aura apporté des armes une expédition sera organisée contre Ipéko. 2 hommes de la station sont tués et ramenés à la station.
Prisonniers ramenés à la station: 1 femme avec 1 enfant à la mamelle de Ekolé, une femme avec 4 enfants dont un à la mamelle, d'Ipéko.

15 juin 1891

Vers 8 heures du soir quatre ou cinq coups de fusil éclatent dans l'extrémité des villages Wangatas. En un clin d'il la station a pris les armes. Mr Peeters (30) met un cordon de sentinelles: Mr Julien (31) prend avec lui quelques hommes Mr Rollin (32) arme ses gens, moi-même je suis filé de suite jusque chez Mounguéssé qui déclare: Ipéko est venu tirer un coup de fusil nous en avons tiré quatre et tous se sont enfuis (?)
Tous les Wangatas y compris les femmes portent des fusils, circulent partout en chantant. Ils m'entourent et me ramènent à la station. Je crois que le matin Mounguéssé a tiré lui-même le coup de fusil attribué à Ipéko pour voir ce que nous ferions et venir demander quelques fusils en plus pour ses hommes.

18 juin 1891
Le chef Moudjoukou de Ikoua (Bokèlès). apporte une chèvre, un régime de bananes et un pot de massanga.

23 juin 1891

L'homme prisonnier de Loliva a été mis avant hier en liberté. Visite de chefs de Bakanga, Mpombo, Loukoumbi. Fait une remise de 200 mitakos à Bakanga, Mpombo paiera 250 mitakos - 30 poules - 500 bambous. Loukoumbi paiera 200 mitakos - 20 poules - 300 bambous. Ces trois villages se plaignent d'être en butte aux exactions des villages Nkoto et Bokombo et demandent à se joindre au blanc pour aller faire palabre à ces deux villages rebelles. Fait l'échange du sang avec chef Ndalola de Mpombo.

26 juin 1891

Le chef Bontamba Loponda de Nkolé (village Bandaka de la brousse) vient ramener un Mongo évadé; ce n'est pas le village en cause de la palabre d'Ipéko; ce chef demande le drapeau de l'Etat. On lui remet une femme faite prisonnière et lui appartenant.

29 juin 1891

Hier, le chef Ntouka (Wangatas) revenant de Wangatas-des-bois apporte 100 mitakos, avance sur les 500 qu'il reste à payer aux Wangatas. Ces 100 mitakos sont laissés en présent au chef Ntouka, qui se montre très dévoué. Reçu également hier la visite d'Ikomo (Boroukis) qui vient offrir une touque de massanga. Reçu ce matin les villages amis de la droite, chefs Ndalola et Longenga (Villages Mpombo et Loukoumbi). Ils paient ensemble 450 mitakos. Mpombo paie: 11 poules; Loukoumbi paie 9 poules.

1 juillet 1891

A l'occasion du 1 juillet les nommés Bouloumbi-Bokana et Bonyoumbé ont été graciés et remise de leur amende a été faite. Boloumbi et Bokana paieront chacun 2 chèvres. Bonyoumbi paiera 2 chèvres-et 5 poules.

3 juillet 1891

Arrivée de la "Ville de Charleroi" destinée au District de l'Equateur.

16 juillet 1891

Reçu 4 poules de Mpombo.

18 juillet 1891

Reçu de Loliva: 500 mitakos. Loliva demande à payer 1000 mitakos à la place d'une femme. Accordé.

19 juillet 1891

Reçu 2 chèvres du chef Issokonié (palabre du nommé Bonyoumbi).

20 juillet 1891

Mr Peeters envoyé chez les Ngandas avec 3 hommes pour examiner un différent survenu entre Ngandas et Wangatas ne parvient pas à vaincre la folle terreur qui a fait fuir tout le monde. Le chef Nanou promet de loin de venir demain chez les Wangatas.

22 juillet 1891

Hier le Zanzibarite du poste de Loulanga, venu à l'Equateur apporter des poules et une chèvres, retournait à son poste. Apercevant une pirogue sans drapeau, qui [mot illisible] refusait de s'approcher, il la poursuivit et la captura avec les 3 hommes qui la montaient. Cette pirogue appartenait à Bouroukwansamba. Plus loin une autre grande pirogue des Boroukis également sans drapeau refusa de venir à l'embarcation du Zanzibarite et chercha à gagner la rive. Poursuite pendant laquelle le Zanzibarite tua un homme libre des Boroukis et en blesse deux. Les Boroukis tuent un esclave de Loulanga et en blessent légèrement un autre.
La pirogue des Boroukis est capturée pendant que les pagayeurs se sauvent dans la brousse. Les deux pirogues sont ramenées à la station. Le chef Yoka va chercher le chef Koyiéma de Bouroukin'samba.
Aujourd'hui Koyiéma vient: sa pirogue allait à la pêche et avait perdu son drapeau, ayant été chavirée par un faux mouvement des pagayeurs. C'est évidemment un mensonge car le drapeau pouvait être repêché. Mais comme il est certain que le Zanzibarite avait affaire à de simples pêcheurs, dont la faute était seulement de n'avoir pas de drapeau, je rends sa pirogue, et ses hommes à Koyiéma. Je fais appeler Bonkondo, chef d'Iléko, pour l'envoyer aux Boroukis. Les hommes de Loulanga partiront demain, ils se sentent trop fatigués aujourd'hui. Je fais dire à Loulanga que lorsque la palabre avec les Bouroukis sera terminée le chef de l'homme mort recevra l'indemnité exigée des Boroukis.

24 juillet 1891

Hier, le chef Nialola de Mpombo (rive droite) est venu à la station. Ce matin un homme libre du village Boudjia (Ngandas) arrive déclarer que son chef Ekéyé s'étant rendu à Mpombo sans mauvaise intention y a été amarré ainsi qu'un adolescent et 2 femmes.
Le messager, également amarré a pu s'échapper la nuit. Je fais appeler le chef Nialola qui est encore à Boussirandao. Après explications Nialola demande que le chef Ntouka des Wangatas soit envoyé à Mpombo avec 2 de ses hommes à lui Nialola. Ils ramèneront les 4 prisonniers et l'auteur de la palabre pendant que Nialola restera à Boussirandao; on s'expliquera au retour du chef Ntouka.

26 juillet 1891

Le chef Ekéyé, son boy et ses 2 femmes ont été remis par Mpombo. Il résulte des explications de chacun que les Ngandas sont dans leur tort.
Pour cette fois et afin de rassurer les Ngandas constamment redoutant les blancs de l'Etat, je déclare que la palabre entre les deux villages sera considérée comme terminée, que les Ngandas ne paieront pas d'amende, sauf 100 mitakos au chef Ntouka. Puis je donne une chèvre pour tous les chefs présents.

27 juillet 1891

Le chef Loukalangou de Bolengui ose venir jusqu'à la station. Il m'expose qu'un de ses hommes, engagé à bord du steamer "Roi des Belges" a été abandonné dans une île hier matin, à deux heures en amont de N'gombé.
D'après le capitaine et les passagers du "Roi des Belge", cet homme s'est enfui; on l'a attendu une heure et demie; puis le steamer s'étant mis en marche, l'homme s'est montré, une pirogue lui ayant été envoyé, il s'était de nouveau dérobé dans la brousse. Je donne à Loukalangou un homme du steamer pour montrer l'île où l'homme est resté; le Haoussa Alfred et le capita des travailleurs Irébous pour accompagner la pirogue qui va aller à N'gombé.

4 août 1891

Bokanga paie 100 mitakos. Donné 50 mitakos à Ntouka.

19 août 1891

La rébellion d'Ipéko porte ses fruits, grâce à ce fait que les Haoussas et les armes qui doivent arriver à Equateurville sont toujours à venir. Ce n'est que lorsqu'Ipéko aura été brûlé que le calme se rétablira. Il y aura à agir également, à nouveau contre Ikengo, ainsi que contre Bonkombo (rive droite). Le Zanzibarite Metchaudi, à l'affût dans la forêt, a réussi à tuer l'un des chefs d'Ipéko, le nommé... Il y a coalition entre la population de l'intérieur: Ipéko, Bamania, Wangatas-des-bois, Bandakas-des-bois, Moussolé, etc.
Les vivres pour noirs ont diminué. Il est temps que la correction nécessaire soit infligée aux rebelles. Le dimanche, 2 août, 32 Mongos libérés se sont évadés en volant 2 canots de la station, des pagaies et des machettes. Ils ont été poursuivi par le Zanzibarite de Loulanga et le Zarzibarite Metchaudi sans pouvoir être repris. Des gens de Macouli, revenant de Loulanga les ont aperçus et ont voulu les faire revenir; tous se sont sauvés dans la brousse, et les 2 canots volés ont été ramenés à la station. Le dimanche suivant, 9 août 12 autres Mongos libérés se sont sauvés et réfugiés chez les Monsole. Enfin quelques jours après un libéré mongo est parti chez les Wangatas-des-bois. Ces hommes ne seront rendus que sous une action armée. Il est urgent que les hommes destinés à l'Equateur y arrivent ainsi que les armes annoncées depuis plus de sept mois.

28 août 1891

Le 26 est arrivé la canonnière "Ville d'Anvers" ayant à bord le Gouverneur Général. La création immédiate du camp est décidée: Mr De Bock en prendra la direction active sous la haute surveillance du commissaire de District. Les libérés de Bassa'koussou descendront à Leo avec la "Ville de Bruxelles"; ils seront momentanément instruits ici. Le Gouverneur Général verra à envoyer de Nouvelle Anvers 75 hommes armés pour attaquer Ipéko et Bonkombo de la rive droite.
Le 27 ont été reçu tous les chefs Wangatas, Makoulis, Ngandas et Bandakas; ils offrent chèvres, moutons et poules. Le Gouverneur Général leur dit qu'il est heureux de les voir ainsi groupés; ils doivent savoir que l'Etat ne leur veut que du bien, qu'ils seront toujours écoutés dans leurs demandes fondées, qu'ils ne doivent pas craindre de venir exposer leurs griefs à la station. Les femmes viennent danser à la station, les Wangatas exécutent une fantasia accompagnée de coups de fusil.
Le 28 au matin le Gouverneur Général se rend chez les Bandakas et décide que la Station d'Equateurville y sera portée le plus tôt possible. Il fait l'échange de sang avec le grand chef Boîéra. La population en armes acclame les deux nouveaux frères de sang. A neuf heures et demie la "Ville d'Anvers" quitte la rive des Bandakas à destination de Nouvelle Anvers. Dans l'après-dîner le chef Ntouka demande un sauf-conduit pour le village Nkôto de la rive droite, qui désire la paix. Accordé.

3 septembre 1891

A 6 heures du soir la "Ville de Gand" amène le sous-lieutenant Tilkens (33) avec 40 Elminas armés.

4 septembre 1891
4 heures du matin préparatifs d'attaque contre Ipéko.
Au petit jour départ en quatre pelotons commandés par MM Julien, Tilkens, Peeters, Nahon (34), 68 hommes de la station armés de Snyders dont plusieurs en pauvre état, chacun ayant quelques cartouches Snyders et des cartouches chassepot à faute d'autres. Les quatre pelotons prennent la route Ngandas-Ipéko, tandis que les chefs Wangatas avec leurs hommes contournent pour prendre la route Bandakas-Ipéko, A la station une 15 d'hommes reçoivent des fusils à capsules chargés, et sont partis à la lisière de la forêt avec 8 hommes (dont 4 Haoussas du steamer "Ville de Gand"). La troupe rentre à 5 heures. Un seul Haoussa a été blessé, blessure sans gravité. Un homme d'Ipéko a été tué, on ramène un adolescent dont la main a été traversée d'un coupe de feu. Le village n'a été atteint qu'à 11 1/2 heures. Il a fallu 3 heures pour traverser les marais; le long du sentier avaient été abattus une quantité d'arbres qu'il fallait contourner péniblement. Tout le village a été brûlé et les bananiers coupés.

5 septembre 1891
Départ de la "Ville de Gand" pour Bassa'nkoussou.
Le chef Ntouka revient, de la rive droite avec le chef Dwangui de Nkôto qui veut faire la paix.
Ce chef paiera en signe de soumission 200 mitakos et 15 Poules. Il va essayer d'amener Bonkombo à conclure la paix sans palabre de guerre préliminaire. Suite de la palabre d'Ipéko: un homme des Wangatas allié du chef Monganda tué par Morékambi, est allé aujourd'hui à Ipéko; le groupe du chef Monganda qui a eu hier encore un tué désire la paix; le groupe Edzimoukoundou ne veut que la guerre et exigeait de Monganda la livraison du Wangata. Refus de Monganda qui prend les armes contre Edzimoukoundou et déclare qu'il viendra au plutôt se soumettre à Boula-Matari, et qui aidé de celui-ci il ira guerroyer contre Edzimoukoundou.

6 septembre 1891

Affaire de Loulanga. "La France" vapeur de la maison française, part le 3 de l'Equateur pour le haut-fleuve, revient le 5, ramenant Brunfault (35), agent de la factorerie de Loulanga, blessé d'un coup de lance dans le dos. Brunfault avait emprunté un canot pour descendre à l'Iranga. Au retour le chef propriétaire de l'embarcation vint réclamer son paiement et son canot, Brunfault, occupé au déchargement du steamer lui remit un acompte et lui dit de revenir dans l'après-dîner. Le chef voulut reprendre son canot sur lequel Brunfault avait établi une paillote en planches et en étoffes. Brunfault lui dit qu'il devait attendre qu'il puisse reprendre les planches et les étoffes. Le chef reprit néanmoins son embarcation et s'en retourne pendant que Brunfault était dans son magasin. Prévenu par ses hommes, Brunfault fit dire au chef que si le canot ne revenait pas il allait faire palabre. Le soir il se rendit seul armé de son fusil, au village à qui appartenait le canot, et bientôt il rentrait en courant à la maison hollandaise, ayant reçu deux coups de lance, dont un très grave, dans le dos presque de part-en-part. Monsieur Chaussé (36) prévenu, vint reprendre le blessé en pirogue. La factorerie hollandaise étant entourée par les indigènes qui continuaient à manifester leur hostilité au blessé et devaient être tenus à distance pendant son embarquement. MM Chaussé et Tréchot (37) ne peuvent dire s'il y a eu provocation de la part de Brunfault. C'est cependant ce qui parait vraisemblable. L'état du blessé transporté à la mission américaine, est trop grave pour qu'on puisse procéder à, un interrogatoire. Les dépositions de MM Chaussé et Tréchot sont transmises à Nouvelle Anvers par le "France" qui remonte aujourd'hui.

7 septembre 1891

Visite des chefs Bandakas à qui Ipéko veut faire palabre parce que les Bandakas n'ont pas prévenu de l'arrivée des soldats. Ils demandent aussi quand je vais enfin me décider à aller m'installer chez eux.

10 septembre 1891

Les chefs d'Ipéko avaient promis de se rendre aujourd'hui chez les Bandakas pour y terminer la palabre. Ne les voyant pas venir, je leur envoie un messager qui rapporte la réponse suivante: "un homme est allé acheter une chèvre aux Boroukis, un autre chef des Bandakas-du-bois, pour offrir à Didôka. Nous lui demandons de revenir après-demain". Il est étrange qu'Ipéko doive faire acheter des chèvres à l'étranger; qu'y a-t-il pour causer ce délai? Le défrichement pour la nouvelle Station a été commencé hier.

12 septembre 1891

Excursion à Loliva. Iamba des Boroukis remet trois déserteurs Mongo. Excellent accueil partout. Il est fait redire aux Boroukis de ce qu'ils auraient encore à payer à Van Kerkhoven; idem à Loliva de ce qui lui reste à payer sauf 10 chèvres. Au retour forte tornade; nous n'abordons quasi risque de sombrer tant est fort le ressac à la rive. Il fait nuit lorsque nous pouvons repartir; les gens d'Ipéko sont venus aux Bandakas ils reviendront le 14 pour me voir.

13 septembre 1891

Retour de la "Ville de Gand" amenant un nouveau contingent de 52 libérés et 4 déserteurs repris à Bassa'nkoussou. Le steamer repart aujourd'hui même pour Nouvelle Anvers.

16 septembre 1891

Départ de la station avec la "Ville de Charleroi", pour aller jusqu'à Ngombé. A 5h-45' arrêt à une pêcherie d'Irébou.

17 septembre 1891

Arrivée à Irébou à 8 heures. Bonne réception, surtout qu'il leur est fait remise du reliquat qu'ils ont encore à payer. Reçu de la mission une demi-touque d'huile de machine. Il est convenu avec Bamia et Bongombo qu'à mon retour de Ngombé, ils m'accompagneront jusqu'au lac N'Toumba.

18 septembre 1891

Nous sommes arrivés à Ngombé hier à 2 h 45 Ce matin je reçois les chefs Mossémé-Kotongo-Mamboula et Bokevari. Il leur est expliqué que le poste est levé parce que les villages se tiennent bien. Comme on montre des regrets de voir partir les hommes j'offre de maintenir le poste; après consultation on préfère le voir levé. Je ne parviens pas à obtenir des chefs présents qu'ils me mettent en relation avec les villages Nkomo, dont quelques huttes ont été brûlées au dernier passage de la "Vîlle de Bruxelles". "Ce sont des gens vivant éparpillés dans la brousse et qui font la guerre à tout ce qu'ils voient". J'obtiens seulement que d'ici à la descente du Gouverneur, Ngombé essaiera de préparer une entrevue. Le village Nkôko, un peu en amont de Ngombé, et qui en dépend, sera prévenu d'avoir à modifier son attitude hostile.
Ngombé n'a ni caoutchouc, ni kôla. Il se procure des produits à Lousakano (d'Irébou).
Départ de Ngombé à 11 h. 30. Visite à la mission française. Le père Allair (38) a reçu de Monseigneur Augouard (39) une lettre lui annonçant qu'il pourra aller acheter des enfants dans la Maringa (autorisation du Gouverneur Général).
Echange de sang avec le chef de Boutounou.
6 h. Campement- à Boussindi.

19 septembre 1891

Départ de Boussindi: 9 h.
Arrivée à Irébou: 9 h- 30.
Je suis pris de fièvre bilieuse. Impossible de partir aujourd'hui pour le lac.

20 septembre 1891

Départ d'Irébou: 7 h. 10.
Bon accueil aux villages Bokaka-Moboko et Boussoungou, bien que tout le monde en armes. Tous ces villages s'attendent à devoir payer une indemnité; ils sont presque indignés de ne pas devoir le faire. Rien reçu d'abord à Itouta, grâce à l'intervention de Bounia.
Je décide de passer la nuit à Itouta que nous atteignons à 2 h. 40. Ngéro, à l'entrée du lac, est en vue mais les eaux sont houleuses et il est préférable de ne se présenter à Ngéro que le matin, car d'après les rumeurs de tous les autres villages Ngéro ne veut pas me voir au lac. L'attitude d'Itouta devient plus ou moins louche; on refuse à mes hommes de s'abriter dans les chimbèques. J'ai dû me coucher étant repris fortement de la fièvre avec migraine. Vers 6 h ½ une dispute s'élève entre mon mécanicien noir et un indigène à propos de tabac. Je dois consigner mon homme au steamer. Le chef d'Itouta demande encore que mes hommes cessent de jouer du tambour et de danser: "Cela va attirer le village, dit-il, et il y aura des palabres". Vers 7 h. ½ une flottille de pirogues arrive en chantant et en jouant du tam-tam. C'est une députation de Ngéro qui veut voir ce que je veux.
L'attitude générale est mauvaise. Aussi je fais secrètement chauffer le steamer. Au bout de ¾ heures nous sommes prêts à quitter la rive si nous étions attaqués. A ce propos il est préférable dans ces circonstances de remplacer l'ancre par une corde qui va s'enrouler autour d'un arbre et dont les deux bouts sont au steamer. On lâche un des bouts pour retirer toute l'amarre; cela vaut mieux que de devoir aller enlever l'ancre. Jusque 10 heures environ le village est en rumeurs. Ngéro me fait dire que demain le chef Lounkouloungania fera avec moi l'échange du sang à Itouta; mais que le steamer ne peut aller à Ngéro. "Nous verrons demain". Enfin la flottille de Ngéro retourne au lac avec force chants et batteries de tam-tam. Je passe une nuit désagréable, étendu tout habillé sur un banc du steamer, fiévreux et toujours en éveil. Surtout pour tenir le vapeur sous pression, car mes insouciants moricauds ont plus envie de dormir que de rester sur leurs gardes.

21 septembre 1891

Au petit jour un homme d'Irébou vient me prévenir que les natifs voudraient profiter de ce que je suis seul, sans soldats, pour m'attaquer et briser le steamer à coups de haches. On vient néanmoins vendre quantité d'ufs et de poules à très bon marché- A 7 h. 40 nous partons pour Ngéro. Bamia me recommande de mettre mon revolver dans ma ceinture et d'être tout le temps sur mes gardes.
Arrivée à Ngéro à 9 heures
Quantité de natifs à la rive; le chef est un ancien travailleur du frère De Backer (40) (Berghe Sainte Marie).
Après de longs discours de Monia (chef d'Irébou), j'échange le sang avec Loukoujloungania. Je suis atrocement malade, vomissant constamment de la bile. Néanmoins on voudrait me retenir: "Logez ici attendez que vous soyez guéri".
Je refuse étant trop mal. J'offre des présents. On me répond: "Nous les accepterons le jour où vous logerez chez nous".
En route je ne fais que vomir. Je dois rester étendu sur mes couvertures, abandonnant le steamer aux noirs. A un moment donné, j'entends la machine fonctionnant tout de travers. C'est un écrou qui c'est dévissé, mais qu'on peut remettre. Un peu plus loin, c'est la mauvaise pompe qui achève de se détraquer. Le piston de cette pompe se casse.
Arrivée à Irébou à 2 h. ½.

22 et 23 septembre 1891

D'Irébou à l'Equateur.

20 et 21 septembre 1891

Le courant se fait sentir du Congo vers le lac. Irébu à Bokaka 1 h- 49'. Bokaka à Moboko 45'. Moboko à Bousounou 20'. Bossoungou à Itouta 30'. Itouta à Ngéro 1 h. 19'. Avec la "Ville de Charleroi".
[croquis 10].

14.octobre 1891

Etat sanitaire peu satisfaisant. Derniers événements: la palabre d'Ipéko a été réglée aux Bandakas le 14 septembre. Ils paient 1000 mitakos et 3 chèvres. Ils remettent 2 déserteurs. Aujourd'hui tout est assuré de ce côté. Le chef Bokatoula de Bonkombo est venu régler sa situation. Indemnité 1000 mitakos et 50 poules. Il en paie 790 mitakos et 20 poules aujourd'hui même.
Ikengo se décide à régulariser sa position. Il a envoyé hier 1200 mitakos. Mr. Peeters a été nommé sous-lieutenant le 11 octobre jour de l'arrivée du Gouverneur général (41) venant du haut-Fleuve. Il prolonge son terme de six mois et part le 13 pour Bassa'nKoussou où il reprendra le poste de Mr. Lothaire (42). Le Gouverneur général me remet la commission me nommant au commandant effectif du District rétabli dans ses limites. Ikengo apporte aujourd'hui 900 mitakos.

22 octobre 1891

Ikengo a été visité. Bon accueil et échange de sang. Il y a à Ikengo des herbes pour les toits. Dans la nuit du 18 au 19, quatre des chimbèques construits par le capitaine Boshart (43) ont flambé; le feu avait été mis par imprudence d'un travailleur ngandas.
Heureusement il n'y avait pas de vent, et le désastre ne s'est pas étendu. Voyage à Loulanga. Toute la population a évacué les villages, ne sachant quelle suite sera donnée à l'affaire Brunfault. J'interroge les blancs (factoreries et mission); je réussi à réunir quelques chefs et quelques natifs, je vois les natifs à la mission. Toujours même relation de l'affaire: Brunfault était sous le coup de la boisson; après avoir repris de force le canot qui lui avait prêté un chef Loulanga, il avait fait feu sur les indigènes, tuant un esclave et en blessant un second (Mr. Reicklin (44) de la factorerie hollandaise a vu l'indigène tué).
Ensuite Brunfault descendit jusqu'à la factorerie hollandaise, y aborda et s'élança a nouveaux vers les villages où il tire un nouveau coup de fusil. Le troisième coup rata; comme il faisait demi-tour, les indigènes, en état de légitime défense lui lancèrent quatre lances, dont l'une le blessa grièvement. Dans ces conditions il n'y avait qu'à rassurer les indigènes et à autoriser la réoccupation des villages. Sept chefs font l'échange du sang avec moi; la palabre a été tenue le 20 au soir; le 21 au matin la population commençait à revenir des îles et de l'intérieur.
Les îles visitées en plusieurs points entre l'Equateur et Loulanga ne donnent pas de produits à examiner. Je trouve seulement des bambous pré de Loulanga.

13 novembre 1891

Il y aura à nettoyer Ikoïo (village à 3 heures en arrière d'Ikengo) qui a volé 1 femme d'Ipéko et refuse de la rendre. Les populations riveraines soumettent à l'Etat quantité de palabres qui s'arrangent généralement grâce à notre intervention pacifique. C'est un bon signe et je crois que cette situation se maintiendra à l'appui que donne le personnel du camp.
Basa'n'Koussou a été repris le 18 octobre 1891 par Mr Peters César nommé sous-lieutenant de la Force Publique le 12 octobre 1891
La "Ville d'Anvers" ramenant le Gouverneur Général est rentrée du Haut à l'Equateur le 12 octobre et repartie pour Léo le 16. Le Gouverneur Général s'est déclaré satisfait de la situation; il promet de compléter les effectifs et l'armement nécessaires à l'action contre les Arabes. Le chef de poste de Bassa'n'Koussou (45) écrit que d'après les commerçants indigènes, les Arabes seraient a onze jours de pirogues dans la Bolombo, affluent du Haut-Lopori. Rapport est adressé aussi au sujet de l'attitude violente des missionnaires de la Balolo mission (Guiness (46), Mac Kittrick (47)) et le capitaine du "Pioneer" qui dans la Bolombo ont amarré des indigènes venus de Bassa'n'Koussou en les accusant de faire la traite. Le steamer a eu un homme tué; les missionnaires ont incendié les huttes et pris 80 poules dont ils ont remis seulement onze au poste de Bassa'n'Koussou; le chef de ce poste a dû se rendre à bord pour se faire remettre un indigène, ligoté de fils de laiton par les deux missionnaires, sous prétexte qu'il n'avait pu les faire entrer en relation avec les villages attaqués par eux dans la Bolombo!
Le tuyau en cuivre de la 2e pompe de la "Ville de Charleroi" crève sur une demie circonférence. On ne peut plus utiliser que l'injecteur (pompe à main). De plus tout le steamer a besoin d'une visite générale. Je la fais faire par le mécanicien de la "Ville d'Anvers" qui réajuste quelque s coussinets, et essaie de braser le tuyau crevé; malheureusement la réparation ne tient pas et le steamer doit continuer à marcher avec la seule pompe à main. Je me décide à faire la réparation moi-même en enlevant le plongeur de la pompe dont le tuyau est crevé pour le placer à. la pompe dont le plongeur est brisé. J'arrive ainsi à avoir 2 pompes fonctionnant et puis de nouveau marche convenablement.
Le 14 novembre, comme je revenais à midi avec le steamer chargé d'herbes j'aperçois quatre grandes pirogues sans drapeaux longeant l'île Nsoumboula devant la Station. Devinant des pirogues de traitants qui ont été à l'Oubangui, j'aborde lentement à la Station et fais décharger le steamer tandis qu'on réunit des hommes pour poursuivre en allège. Malheureusement les quatre pirogues se sentent poursuivies et filent plus vite que nous. Nous arrivons jusqu'à Boangi, village Bourouki à qui appartiennent les pirogues poursuivies. Le chef appelé refuse de faire venir les 4 embarcations et même de venir me voir à la rive. Qu'on me fasse palabre, dit-il. Je n'ai que 12 fusils et trois cartouches seulement par fusil. Néanmoins, j'attaque immédiatement et fais brûler une grande partie du village. Nous repartons sans être inquiétés. La 16 nouvelle expédition bien organisée cette fois. Le camp a constitué une compagnie de 50 hommes; la station idem. 5 blancs accompagnent, et l'attaque se fait par le steamer, une allège et 12 pirogues dont 10 d'auxiliaires indigènes qui se sont joints à nous le long de la rive. Tout Boangui est détruit; je tue un indigène et les Irébous une femme. Au départ quelques indigènes se montrent et gesticulent à la rive; un dernier coup de fusil vient blesser un Irébou; il a l'épaule traversée par une balle en plomb qui ressort sous l'omoplate. Je parviens heureusement à extraire le projectile en rentrant à la station.
Le 19 à minuit, l'A.I.A. venant de Zongo (48), vient éteindre ses feux à la pointe de Boussiran'das. Je lui expédie une pirogue avec du bois mais le misérable steamer doit attendre jusqu'au lendemain pour franchir péniblement la pointe et ce en se portant à diverses reprises à la rive; heureusement pour lui les hautes eaux l'empêchent de toucher les rocs. Conformément aux instructions de Léopoldville, l'A.I.A." quittera l'Equateur pour aller au camp des Basokos.
Le village Ekoïo envoie demander la paix. Je demande 10 chèvres.

13 janvier 1892.

Voyage d'un mois dans la Loulongo et dans le Lopori jusqu'à Bongandanga (mission de la Congo Balolo). Dans la Loulongo les villages Bolongo et Mobanga - Wanga sont complètement hostiles. Ils tirent sur la "Ville de Charleroi". Je tue à chaque village 2 indigènes dont le grand chef de Bolongo. Expédition contre Bolongo par la "Ville de Bruxelles" transportant un détachement sous les ordres de Monsieur Julien, 5 indigènes tués, personne de nos hommes n'est blessé. A ma rentrée de Léopoldville (8 janvier) Bolongo envoie 2 libérés et 2 chèvres en demandant la paix.
Boangui (Boroukis) veut conclure les conditions de paix (10 libérés, 10 chèvres, 50 poules).
Le 12 janvier: expédition avec la "Ville de Bruxelles" contre Ekoïo. Colonne d'attaque: 2 compagnies de 60 hommes menées par MM Julien et De Bock. Affaire très chaude; les indigènes Bandakas et Bolengui de la brousse arrivent à la rescousse d'Ekoïo; ils ont l'air de mépriser la puissance de nos fusils et viennent se faire tuer à 100 mètres. D'aucuns viennent tirer leurs flèches ou jeter leurs lances à 10 mètres. 5 hommes de nos troupes sont très légèrement éraflés.
Un matamatan (49) reçoit une flèche dans la joue. Il sera vite rétabli, 4 natifs sont tués nets. Nombre de blessés vont tomber dans la brousse. Les troupes se sont repliées au moment où les munitions commençaient a manquer. Environ 1000 cartouches ont été brûlées. Je crois que la palabre d'Ekoïo aura d'excellents résultats politiques.

7 février 1892.

Ekoïo continue à vouloir la guerre. Par contre la moitié des Mousolé, grand-chef Ngoumbou s'est ralliée à l'Etat. L'échange de sang a été fait. Les autres populations amies, à la suite de l'affaire d'Ekoïo, se sont encore plus rapprochées de l'Etat. Le chef Moukana des Wangatas Wadziko vient faire pacte d'amitié.

23 février 1892.

Ekoïo a envoyé 2 chèvres et fait demander un drapeau et un sauf-conduit. L'Ikelemba a attaqué un agent de la Maison Belge; il ressort des rumeurs indigènes que l'lkelemba croît Boula-Matari incapable d'aller l'attaquer.

25 février 18920

Ekoïo (chef Issam'benga ) vient faire l'échange du sang. Il apporte 3 chèvres, et paiera: 6 libérés 3 canards, 5 paniers de caoutchouc (50). De plus il fabriquera 5 paniers de caoutchouc qui lui sera paye.

13 mars 1892.

Fait l'échange du sang avec le chef Ingouta de Loufoussouza (Monsolés). Bourouki'n'samba a attaqué Macoulis, tué un homme, blessé plusieurs autres, capturé une pirogue et un homme. Il aura à payer de ce chef à l'Etat 4 libérés et à indemniser Macouli.

13 mai 1892 (51).

Rentrée d'un voyage dans le Lopori , voir rapport ou copie-lettre (52).

19 mai 1892.

Reçu d'Ekoïo, qui paie:
1) une pointe de 12 ½ kilos en place d'un libéré.
2) un enfant de 7 ans.
3) un canard, un peu de caoutchouc, de la canne à sucre, des légumes etc.
Les chefs Issa'm'benga demandent qu'un blanc aille acheter des vivres chez eux.
Hier reçu un homme du village Nkaké sur le lac N'Toumba. Il est venu chez les Monsolés par la route de terre (5 jours de marche) pour se plaindre d'avoir été pillé par le village Ikôka. Il demande notre intervention. Il y aura sans doute moyen de mettre au lac une station qui sera reliée par la voie de terre au chef-lieu du District.
Pendant mon absence un homme des Bandakas-des-bois, le nommé Simba de Djingounda a été amarré chez les Wangatas et mis deux jours à la chaîne. Après quoi il a demandé une mokande de travailleur et il fait un bon engagé.
Il m'annonce que dès que les Bandakas m'auront vu faire nous serons amis.
Le chef Mokonié du village Djingounda (Bandakas-des-bois) veut faire l'échange du sang. Le Bandakas- des - bois sont divisés en 2 groupes: d'une part Djingounda et Loutakéméra qui veulent l'amitié de l'Etat; d'autre part Laméli, N'Koli et Bopékalosoumba qui détiennent des libérés déserteurs de la station depuis un an. Les villages Bongata ont fait demander un sauf-conduit.

26 mai 1892.

Bongata s'était mis en route pour l'Equateur; rencontrant la "Ville d'Anvers" les pirogues firent demi tour sans oser venir à la station. Aujourd'hui Ntouka apporte 1000 mitakos et 10 poules. Les chefs viendront dans 4 jours.

2 juin 1892.

Reçu le nommé Mondoko de Bongata envoyé par le chef Ibélé. Il apporte: 300 mitakos, huit poules. Le chef Ibélé viendra dans quatre jours. Aux eaux hautes on peut aller de Bongata à l'Oubanghi en 5 jours, par petites pirogues de 4 pagayeurs, on rencontre les villages Mobas, Bonkoni, Eliko, Bokéri, Monzokou et Mobanghi. Ces villages se composent de groupes de 3 ou 4 huttes disséminées. Ces populations ont le fusil et une petite sagaie genre harpon. Tatouages: grosses lignes verticales sur le front - grosses lignes au temps. Vivent beaucoup de chasse surtout à l'éléphant; peu de pêche. Peu de manioc; achète le manioc à Bongata contre de la viande fumée et du poisson. Beaucoup de bananes. Populations anthropophages (Baloie).

6 juin 1892.

Visite des chefs Ibélé et Bolingoude Bongata. Ils paieront 3 libérés et amèneront cinq libérés contre paiement.

17 juin 1892.

Renseignements recueillis de la bouche de libérés Mongos venus de Bassa'n'Koussou. Il y a longtemps, longtemps, les villages Mongos situés à plus de quatre mois de la Bolombo ont fui devant l'invasion arabe, et sont venus s'installer à proximité de la Bolombo où sont venus les relancer les expéditions de Bourouku, Djimboya, Bongandanga, etc.
Ces Mongos ont le manioc, la grande banane, la chèvre, la poule, l'igname, la canne à sucre. Pas de canards ni de moutons. Ils travaillent le fer et font la grande lance à deux trous, ils ne font pas de couteaux. Noms des villages originaires: Wanga, Tchombo, Elonda, Bokakata, Tchonkingo, Wâla, Boliko, Dikôti, Eringa, Mpokaonga, Bokénda, Ialokoli, Dikila, Eala, Baringa (villages de la Bolombo).

13 juillet 1892.

Les villages Bompopo ont été attaqués le 7 juillet par le lieutenant Sarrazijn (53); 20 indigènes sont tués, 13 femmes et enfants sont faits prisonniers. Bompopo est venu à composition; il remettra les 4 déserteurs du camp à qui il a donné asile et paiera 6 libérés et 10 chèvres (chef Bokanga).
Le 12, le chef Ntouka, revenais de Bongata, reconnaît chez Boïera un chef de Bondo (Ikélemba). Metchaudi est envoyé avec quelques hommes. Le chef et ses femmes sont prévenus; à l'arrivée de Metchaudi ils ont déjà disparu dans la brousse, bien que Boïera réclame constamment une expédition contre l'Ikélemba, il est évidemment de connivence avec le chef de Bondo. Mes hommes trouvent le canot de ce dernier et le ramènent avec son contenu à la station. Grande effervescence chez les Bandakas qui prétendent que ce canot leur appartient. Je suis obligé, quoique malade au lit, de me rendre chez eux à 8 heures du soir. Je ne trouve pas l'agitation qu'on était venu m'annoncer, ce qui embête le plus les Bandakas c'est de n'avoir pas fait main basse plus vite sur ce qui se trouvait dans le canot amarré par mes hommes.
Le nommé Mfoungou et le fils d'Etzimokoundou d'Ipéko, nommé Boulombé viennent faire l'échange du sang. Ils apportent une chèvre, 18 poules, des bananes, du manioc, de la canne à sucre.

21 juillet 1892.

Le chef Ioka des Wangatas avait engagé un libéré de la station à se sauver et à attendre que le blanc ait oublié la chose pour revenir aux Wangatas. Le libéré avait été remis à Ipéko comme étant un homme évadé d'Ikengo. Hier un Bandaka prévient le chef d'Ipéko de la vérité. Aussitôt Ipéko ramena le fugitif, tandis que le chef Ioka s'échappait dans la Brousse. Le chef de Bompopo apporte 3 chèvres, 1 libéré.
Bongata amène une femme.

19 août 1892.

Une expédition a été menée dans l'Ikélemba, les villages Bondo, Bekoungou, Itedzi ont été attaqués et défaits.

13 septembre 1892.

Les rivières Môwindou (Rouki), Djuàpa, Bous'sira Wonènè, Louâpa, Iàpa (54) sont été reconnues pendant 104 heures de steamer. Voir rapport ou copie-lettres (55).
Bongata envoie un libéré. Le chef Bokémo de Bonkombo (Rive droite) vient faire l'échange du sang. Il fournira 2 libérés.

22 septembre 1892.

Loliva avait fait déserter et recueilli les prisonniers de Iaungo (Louâpa). Au lieu de les remettre il prétend être payé pour ramener ces prisonniers. La réponse est une bonne correction à la suite de laquelle le chef Essiba s'entend condamné à fournir:
1) chaque dimanche gratuitement 100 chikwangues
2) chaque dimanche gratuitement: un panier de caoutchouc pendant 10 dimanches,
3) 20 libérés
4) 2 pointes d'ivoire.

24 septembre 1892.

Reçu le chef Nkaké de Bondo (Ikélemba). Amende à payer:
1) 100 chikwangues pour rien chaque dimanche
2) 20 paniers de caoutchouc
3) 2 pointes d'ivoire.
4) 10 libérés.

Villages de l'Ikélemba
Tomba
Bôndo
Bilongo Groupe Bôndo

Békoungou (N'gombes Bou'n'zamba
Itédzi
Ibânga
Boyengué
Nkoutou
Baûmba Baunjo
N'toumba
Baiûmbinda Monéné
Banïa et Baûlima
Bâuloûdou
Bôlenge (dans la brousse).

Il n'y a pas de chenal faisant communiquer l'Ikélemba soit avec la Loulongo soit avec la Boun'sira.

25 septembre 1892.

Bondo envoie 2 libérés.

26 septembre 1892.

Bongata paie 800 mitakos. Reçu les chefs de Bamania. Echange de sang. Ils paient: chaque dimanche 100 chikwangues et un panier de caoutchouc et en plus un libéré.

28 septembre 1892.

Bongata amène un enfant.

2 octobre 1892.

La "Ville d'Anvers" ayant à bord l'Inspecteur est partie ce matin pour Léopoldville. Avant hier le chef d'Ikoko (Lac N'toumba) est venu protester de son amitié. Il ne veut d'aucune façon avoir maille à partir avec le blanc. A l'arrivée d'Ikoko, le chef de Nkaké est parti en catimini. Il résulte de l'exposé de leur palabre qu'Ikoko a raison.
Aujourd'hui Bamania apporte cent chikwangues et un petit panier de beau caoutchouc. Le chef N'Givula (de N'Toumba) vient faire sa soumission. Il aura à fournir cinq libérés et chaque dimanche 100 chikwangues plus un panier de caoutchouc.

18 décembre 1892.

Younda et Boudjia ont été attaqués pour avoir refusé de remettre 24 déserteurs de steamer.
Bourouki'n'samba paie 1500 mitakos pour avoir accueilli quatre déserteurs de steamer; on trouve à Bourouki'n'samba deux mètres de tôle de fer.

Wangata-Wadziko a été attaqué; le chef Ioka a été tué. On prend dans les villages une carafe, une hachette, une machette, des clous, des vis, des barreaux de forge de steamer, etc.

18 libérés ont déserté; 12 ont été ramenés de l'Ikélemba; 4 des Bouroukis.
Les villages Ngombe tirent sur les hommes envoyés par moi pour retrouver des pirogues enlevées par une tornade.

Wangata Wadziko se compose des villages suivants:
Ekoïo chef Ilounga
Mpaka chef Ioka
Bolombo chef Imbènde
Le chef Ioka a été tué; son frère Issanga le remplacera. Ekoïo et Mpaka se déclarent blancs comme neige. C'est Bolombo qui est coupable de tout et qui ne veut pas du blanc.
Les chefs Ilounga et Issanga rapportent les dix fusils à piston qui leur avaient été confiés.

24 décembre 1892

Hier correction aux petits Macoulis qui ont laissé Bosikombo venir acheter chez eux une femme volée un réfugié de la station.
Aujourd'hui Mr De Bock avec 80 hommes, va punir Bonkombo pour le même motif et pour refus de rendre 4 déserteurs. "Vous pouvez essayer de nous attaquer, dit Bonkombo, nous passerons sur la rive française."

Les Wangatas-des-bois apportent:
1100 mitakos
1 chèvre
2 paniers ignames
Le chef Iôka m'poumbou se présente d'un air dégagé. Je lui donne l'ordre de disparaître au plus vite dans la brousse. Bolombo, chef Imbendé, se présente à composition. Il paiera 2000 mitakos et 6 chèvres.

Les petits Macoulis paient 2000 mitakos.

29 décembre 1892.

Il y a deux jours, j'ai accordé aux chefs Wangatas de venir avec Iôka Mpoumbou. Je déclare à celui-ci que je lui retire la qualité de chef que je lui avais confiée. Malgré les expositions des autres chefs, il déclare qu'il n'a rien fait pour mériter ce traitement. Devant son incurable mauvaise foie je le chasse définitivement. Le soir j'envoie des hommes pour le saisir: il parvient à s'échapper: un de ces hommes veut tirer sur le nôtres son fusil-fait long feu.

Aujourd'hui Bolombo apporte 1000 mitakos et une chèvre.
Comme la chèvre est trop petite je la prends pour rien.

Les villages Bon'Kombo (rive droite,) ont été attaqués il y a deux jours: ils s'y attendaient. On tue environ 15 indigènes. La palabre n'est pas suffisante.

31 décembre 1892.

Boroukin'samba paie: 590 mitakos.
Hier est arrivé par terre le chef N'Kaké du lac N'Toumba. "Il y a trop d'eau par terre, dit-il, il faut que tu dises aux Irébous et à N'géro de me laisser venir en pirogue".

15 mai 1893.

L'installation du poste fiscal de N'gombe est commencée.

Le lac Ntoumba a été visité; le village N'Kossou attaqué et brûlé.

Bo'n'kombo a été de nouveau attaqué; il fait demander la paix.

Le grand groupe Bolengui à 12 heures de pirogue de Bandakas a été attaqué et complètement défait par le lieutenant Sarrazijn, ils avaient amarré des hommes envoyés aux poules.

16 mai 1893

Visite des Wangatas Wadziko.
Noms des villages formant ce groupe Ndjolo, attaqué par le lieutenant Sarrazijn. Taumongo, Ikolongo, Bonjoukou, N'tomba, Béloungou, Bonganzou, Bétakéméra, Béfossora, Bessakania, Lembéri (grand chef N'tandou).

28 mai 1893

Le chef Yambo des Bouroukis et le chef N'goulou des Wangatas ont été enterrés aujourd'hui. Samedi 27 mai, après-midi le fils du chef N'goulou se présente avec 2 poules et des oeufs; il veut annoncer le décès de son père: il est mort, assure-t-il parce qu'une de ses femmes ayant été "courtisanner" chez les Ngandas, ne lui a pas rapporté les mitakos touchés par elle et dont il doit remettre une partie à ses fétiches.
A quand l'enterrement?
A demain matin.
Et le cercueil est déjà confectionné?
Le père de N'goulou fut enterré sans cercueil. N'goulou à son tour ne doit pas en avoir.
Nous l'avions enseveli dans des nattes et des étoffes. Nous désirons que tu viennes par toi même constater que nous ne sacrifions pas d'esclaves sur sa tombe.
Le lendemain dimanche je m'en pars donc aux Wangatas. N'goulou habitait l'extrémité des villages à 20' de la station.
Là étaient réunis tous les chefs causant et riant à leur aise. Les femmes vaquaient à leurs occupations comme si de rien n'était.
Dans une case enfumée le corps enveloppé de quelques brasses d'étoffe était gardé par quelques vieilles pleureuses.
Un brancard fait de deux longs bâtons fut disposé près de la case, dont un pan fut abattu pour laisser sortir le funèbre-colis.
A son apparition les femmes et les enfants s'enfuirent en tous sens en poussant des cris d'alarme, ou un clin d'il. N'goulou est ficelé sur son brancard que deux robustes mordeauds enlèvent sur leurs épaules et emportent au pas de gymnastique.
Un seul coup de feu est tiré; derrière le corps courent le fils, 7 hommes libres, deux esclaves, et deux femmes dont l'une presque nue; les femmes portent une douzaine de sacs enfumés et remplis de "longanga", une vieille hache, des sonnettes indigènes et une bouteille. Le cortège ne cesse sa course qu'à la sortie du village. Le groupe des chefs n'a pas suivi.
A quelque distance nous pénétrons sous bois et pendant vingt minutes nous pérégrinons tant bien que mal accrochés aux-lianes, mordus par des caravanes de fourmis, avant d'atteindre le cimetière. Celui-ci ne se trahit par aucun indice; on me montre quelques tombes; je ne vois rien que la brousse inculte. N'goulou est déposé sur le sol et nos gens déblayent un coin de terre et commencent la fosse. La femme nue ne fait que rire et plaisanter elle parle d'une voix de polichinelle contrastant singulièrement avec l'ampleur de toutes ses formes.
Quand le trou a 50 centimètres de profondeur, on y met trois morceaux de bois sur lesquels N'goulou va s'allonger, comme on enlève à nouveau le brancard le cadavre mal attaché glisse et se trouve sens dessus dessous ce qui fait rigoler les femmes. Enfin le vieux est étendu sur sa dernière couche; on place à sa tête des fétiches, sa hache et sa bouteille que l'on brise au préalable. Puis sa fosse est remplie de bois mort afin qu'il puisse se chauffer en route. Un peu de terre encore et par-dessus une liane. C'est tout.
Je me demande d'où vient que chez le seul groupe Wangatas certains chefs soient enterrés au milieu de leur alliance en grande pompe, avec cercueil sculpté, danses, cortèges etc., tandis que d'autres sont enfouis presque à la diable dans la sylve broussailleuse; aussitôt morts aussitôt enterrés, tandis que d'autres ont été conservés plusieurs mois avant l'enfossement (56). Chez N'goulou pas de cortège; chez Moutoutou toutes les femmes, plus de deux cents peut être, ont processionné pendant tout un mois; N'goulou est enterré au loin dans la brousse; Moutoutou repose au milieu de son village sous un hangar soigneusement entretenu. Pourquoi cette différence?

Latitude longitude E. Greenwich
Berghe Ste Marie - 3°, 10, 06 16°, 15, 29
Loukoléla - 1°, 05, 24 17°, 11, 28
Loulanga + 0°, 39, 37 18°, 16, 39

FIN DU TEXTE DU CARNET


NOTES POUR LE TEXTE DU CARNET

(1) Je compte publier bienôt ce texte sur le website d'Aequatoria.

(2) Boulira. Ce chef est désigné sous le nom de Molira chez Camille Coquilhat, Sur le Haut-Congo, Paris, 1888, p. 163. Voi aussi: H- VINCK, Note sur le Contrat entre Angouard et Bolela de Wangata, Annales Aequatoria 2(1981)121-127

(3) Boula Matari: Surnom de H.M. Stanley et par extension un administrateur ou l'administration.

(4) mitako: des baguettes de cuivre d'environ 30 cm de longueur, utilisées comme monnaie. Voir R.K.M. Eggert, Zur Rolle des Wertmessers (mitako) am oberen Zaïre (1877-1908), Annales Aequatoria 1(1980)1, 263-324
(5) massanga: vin de palme. (lomongo basanga). Ces impositions (vivres et boissons) existaient certainement encore en 1909 dans les environs de Mbandaka.

(6) Lenaerts Pierre-Alois, dit Alois. Receveur des impôts dans le District de l'Equateur. Né à Turnhout le 12.6.1863 et décédé à Deurne le 3.12.1936 (Voir Bibliographie Coloniale Belge (BCB), III, 541)

(7) Selon le croquis de Lemaire: voir carte n° 10, la rive droite en face de l'Equateur comprenait les villages suivants: Bakanga, chef Bompongo; Mpombo, chef Nialola; Nkoto, chefs Mokolomba et Dmengui, Loukoumbi chef Longe, Bokombo chefs Bokatoula et Mompangou Grand chef Bokémo

(8) Il y avait un poste de l'Etat à Yumbi en aval sur le fleuve Congo avec un camp militaire

(9) Boussirandao, (Botsiandao) ce village est appelé Motsirando chez Ce Coquilhat.

(10) A la suite de l'abolition de la traite on appelait, par un euphémisme, les travailleurs qu'on continuait à recruter des "libérés". Voir F. RENAULT, Libératïon d'esclaves et nouvelles servitudes, Abidjan-Dakar, 1976

(11) Selon le croquis de Lemaire, Carte n° 9, les villages Nganda comprenaient: Boussirandao (Botsiandao) chef Moukonjama; le poste de 1'American Baptist Missionary Society (ABMS); Bolengui (Bolenge) (Molingue chez Vangele), chef Loukalangou; Mompanga (Moumpanga chez Vangele), chef Inano; Eleke (Eleku) (Eleku chez Vangele) chef Issonu; Iounda (Ionda)(Jonde chez Vangele), chef Ereyi; Dipoutou, chef Iokanengou; Bakanga, chef Boungounda; Bondjia (Bodjia) chef Bampele et Ekeye

(12) Nous n'avons trouvé aux Archives Africaines (ministère des Affaires Etrangères à Bruxelles) qu'un traité de Vangele datant du 11.6.1884 avec le chef Golou du village Ipeko (village à l'intérieur).

(13) Vangele A. Voir BCB. IIl 928. Katchetche signifie écureuil. Ce surnom était donné à cause de ses grands yeux bruns et vifs, ou selon une autre interprétation parce qu'il montrait toujours un aspect d'animation continue.

(14) Coquilhat C. voir BCB. I. 250. Mouèva signifie "épervier"

(15) Ileko (Eleku): village au sud de Boroukwasamba (Bolokwansamba).

(16) mokande ou mokanda: papier, lettre, billet (lomongo bonkanda).

(17) Borouki n'Samba = Boroukwasamba chez Vangele. (Bolokwansamba). A propos de ce chef Mangombo, nous lisons dans le témoignage récolté par Boelaert en 1954 D 515, p. 2: "Après le départ de Monsieur Lokokwa, Monsieur Ntange (Fievez) arriva à Irebu, cependant le chef Mangombo était mort et son frère Moonya était désigné comme chef de village".

(18) Crayet. Il s'agit de Crahay Hyacinthe, Léonard, sergent de la Force Publique, né à Liège le 22-7-1867 et mort accidentellement à Yumbi le 1.4.1891 Voir BCB. II, 202.

(19) E.C. Blocteur (1864-96) BCB, 1, 128. Pas retrouvé dans les dossiers personnels au Ministère des Affaires Etrangères. Les habitants de Irebu se souviennent de l'arrivée de Lemaire: "Arrivée de Monsieur Lokokwa (Lemaire) à Irebu. Il luttait avec les autochtones pendant quatre jours. Chaque fois après la bataille, Monsieur Lokokwa et ses soldats allèrent loger dans une Île Nsamasato vers l'autre côté du fleuve vis à vis du poste". Copie dans Archives Aequatoria F.B. 6, Témoignages sur l'arrivée des premiers blancs à l'Equateur, récoltés par E. Boelaert en 1954 n° 515 "Quand Lokokwa est venu à Irebu, le Révérend Mesinantoko (Hartsock), son épouse Lozano et Mosimoli missionnaires protestants, habitaient déjà à Irébu", Ibidem.

(20) SMALL Edwin, médecin. Né à Folkestone, Angleterre le 6.8.1855. Décédé à Boma le 6.2.1896. De 1886 à 1888, il fut au service de l'EIC, sous les ordres de Stanley. Puis durant trois ans il fut attaché à une mission américaine. Voir BCB II, 852.

(21) JEFSEN: nom non-identifié.

(22) VAN KERCKHOVEN G., voir BCB. II, 566.

(23) VAN HOEK: il s'agit de VAN HOECK Emile-Joseph, né le11.2.1869 et décédé à bord du steamer "Roi des Belges", le 20 avril 1891 (et non pas comme l'écrit la BCB II en 1890).

(24) DELPORTE Auguste. Voir BCB. III, 188. Docteur en science physique et mathématique. Né à Tournai le 15.12.1844. Décédé à Mpozo près de Matadi le 26.5.1891

(25) GILLIS. S'agit-il de GILLIS Adolphe? Engagé par l'AIA comme chef de factorerie de Boma en mars 1880. Rentré après expiration de son terme de service en février 1884(Dossier personnel, 864 (34) Archives Africaines (Bruxelles).

(26) TAMINE Henri, (1863) à Harveugt (Hainaut). Sous-lieutenant du 90 régiment de ligne. Admis pour trois ans le 3-9-1890. Nommé sous-commissaire de District et mis provisoirement à la disposition du commandant de la Force Publique le 4 octobre 1890. Il a quitté Boma le 6.6.1891 Le 17 septembre 1891 il rentre. (Dossier personnel 865 (n° 627) Ministère des A.E. Bruxelles).

(27) BECKERS E. Voir BCBe IV. 28. Né à Bilsen le 2- 7-1856 et décédé à Kinshasa le 16.12.1892, Agent commercial de la SAB. Départ d'Anvers le 10-7-1889. Le 7.11.1889 il fut nommé chef de District commercial de l'Equateur puis gérant à Mobeka.

(28) BANKS Charles, missionnaire protestant, Voir BCB, IV, 129

(29) Cette factorerie appartenait à la SAB, En 1883 il avait un blanc et 54 indigènes.

(30) PETERS C., voir BCB III, 697. Il s'agit probablement de César Peters, né à Lens (Hainaut) le 10.3.1867 et tué à Basankusu le 16.3.1893. En 1890 il est envoyé au District des Bangala. Quelques mois plus tard, il est désigné pour Equateurville, adjoint de Lemaire. (BCB, III, 697)

(31) Léon Joseph JULIEN, voir BCB II, 524 (1859-1897)

(32) Edouard ROLLIN, (1866-1907),voir BCB IV, 768. Agent commercial de la SAB.

(33) TILKENS Edgard (1886-1894), voir BCB I, 845. Lieutenant de la Force Publique.

(34) NAHON. S'agit-il de Nahon François, mentionné dans la BCB III, 649?

(35) Il st-agit de BRUNFAUT Emile, (1856-1898), voir BCB, II, 88.

(36) CHAUSSE: agent commercial non identifié

(37) TRECHOT: non identifié

(38) ALLAIRE Olivier, Missionnaire de la Congrégation du Saint Esprit à Liranga (Congo Français), décédé en 1897

(39) Monseigneur AUGOUARD P. (1852-1921). Voir BCB I, 42. Vicaire Apostolique du Haut-Ubangi (Congo Français).

(40) S'agit-il DE BACKER Albert, (1851-1892), missionnaire de Scheut? Voir BCB I, 51

(41) WAHIS Th., Voir BCB. I,939

(42) LOTHAIRE H.J., Voir BCB I,615

(43) BOSHART Auguste, Voir BCB I,150.

(44) REICKLIN, agent de la factorerie hollandaise

(45) Il s'agit de César PETERS, BCB III,677

(46) Guinness Harry, directeur à Londres de la Regions Beyond Missionary Union. Ce missionnaire visita la Congo Balolo Mission (Bongandanga) en 1891

(47) MC KITTRICK John, missionnaire de la Congo Balolo Mission. Il arriva au Congo en 1889 et y décéda en 1891 Il fut enterré à Bonginda.

(48) Zongo, poste sur Ubangi.

(49) Haoussa.

(50) Première mention de l'imposition de la récolte de caoutchouc dans ce carnet de Lemaire.

(51) Le 8.5.1892, Charles Lemaire a signé à Basankusu une circulaire concernant l'exploitation des lianes à caoutchouc.

(52) Ce rapport, comme les autres d'ailleurs, de sa période à l'Equateur n'est pas conservé.

(53) SARRAZIJN Gustave, (1864-1915) Commissaire du District de l'Equateur, de 1895 à 1898. Surnom "Wilima" (obscurité). BCB II, 834

(54) Voir Introduction, note 18 et A. DE ROP, Over Riviernamen in het Mongo-gebied, Aequatoria 20(1957)5-9.

(55) Avant d'entreprendre ce voyage, Lemaire avait probablement déjà reçu la lettre du 30.5.1892 de Van Eetvelde, pour l'inciter à la récolte de caoutchouc. (voir Bébing, oc. P.31)

(56) Voir les études de G. HULSTAERT, Coutumes funéraires des Nkundo, dans Anthropos 32(1937)502-527; 729-742